Ça sent la poudre

À force de jouer avec les allumettes du ressentiment des pauvres pour les plus pauvres, à force de grossir la peur du déclassement, à force de fantasmer la disparation des identités spécifiques et de flatter les aigreurs des petits bourgeois inquiets, les saluts nazis réapparaissent dans les rues.

 © Gilles Walusinski © Gilles Walusinski

Rentrée de cendres et de vinaigre. Le monde déraille, le pont depuis longtemps fissuré entre la soi-disant élite et le reste de la société nous est tombé sur la gueule, il n’y a plus de pilote dans l’avion, mais des mégalos suicidaires ont pris les commandes : cap au pire, à fond les manettes. Ils disent parler pour la majorité silencieuse, reconnaître les souffrances tues, exprimer la volonté populaire, ou bien ils prétendent savoir mieux que la piétaille ce que la modernité enjoint pour sauver l’Europe de la catastrophe, mais eux seuls, et leur clique, ont accès aux gilets de sauvetage. Les parachutes leur sont réservés. Et pour tous les autres, les abîmes, la boue de la misère et de la rancœur. Les vautours des diverses sectes, des religions et de l’extrême droite tournent, tournent dans le ciel chargé de nuages, puis fondent sur les désespérés tandis que les opportunistes se frottent les mains. À force de jouer avec les allumettes du ressentiment des pauvres pour les plus pauvres, à force de grossir la peur du déclassement, à force de fantasmer la disparation des identités spécifiques et de flatter les aigreurs des petits bourgeois inquiets, les saluts nazis réapparaissent dans les rues allemandes, la haine des Noirs, des Roms, des Musulmans et des Juifs s’exprime partout sans complexe comme l’homophobie, le sexisme ou la détestation de tout ce qui paraît différent. Ce n’est pas le prétendu afflux d’étrangers suite à leur migration forcée pour fuir leurs pays en guerre ou en détresse économique et climatique qui fait progresser les extrêmes droite en Europe. C’est d’avoir laissé depuis si longtemps les professionnels du pouvoir jouer les pompiers pyromanes. Se faire élire contre le représentant occasionnel de la xénophobie et du repli nationaliste, et passer pour un sauveur de la démocratie, puis reprendre à son compte une partie du programme de l’adversaire en espérant lui rafler ses électeurs. Le vide que crée la gouvernance par les sondages et le gouvernement pour les lobbys et les plus riches produit l’hostilité générale. En cette période de virilisme forcené, alors que les flics se sentent autorisés à tuer, que des mauvais traitements indignes sont infligés aux enfermés en centre de rétention, qu’on regarde se noyer les migrants par milliers en s’autofélicitant d’en accueillir une dizaine, que les prisons sont pleines à craquer, qu’on ne parle que de contrôle et de surveillance des populations, surtout les plus démunies, que des nervis sont installés au plus proche du pouvoir qui les protège, que le favoritisme et la corruption ont définitivement gangrené la moralité publique, l’attention médiatique est dirigée sur les petites phrases aussi puériles qu’idiotes d’un président de la république française qui ne serait qu’un mauvais personnage de roman s’il n’avait été élu pour encore quatre ans. Quatre ans, c’est long. Suffisamment long pour que l’extrême droite en crise de parti se trouve un leader tout neuf sorti de la marmite de fiel que la politique antisociale de Macron aura rempli à ras bord. Il sera bien difficile de rejouer la scène du sauveur de la démocratie alors que les électeurs sauront de quoi elle est faite : de coups de matraque et de poudre de perlimpinpin.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.