Mise à l'abri

La Mairie de Paris, désireuse de « mettre à l'abri » quatre cents Roms vivant dans des cabanes bâties en juin sur une voie désaffectée de la ligne de petite ceinture, s'apprête à les foutre dehors...

Manifestation contre l'expulsion des Roms de la petite ceinture, Paris © LP/Olivier Corsan Manifestation contre l'expulsion des Roms de la petite ceinture, Paris © LP/Olivier Corsan

On a souvent raillé les Français pour leur inaptitude à parler les idiomes qui ne leur sont point maternels. Mais aujourd'hui ça change, ça change, et le gaulois moderne est devenu, sinon polyglotte, du moins biglotte puisqu'en sus de sa langue de bois, il maîtrise avec une rare habileté le Novlangue. C'est que fort d'une poignée de mots et d'une syntaxe rudimentaire rendant impossible l'expression d'une pensée complexe, le Novlangue convient parfaitement à la faible réactivité du yaourt qui, dans les crânes tricolores, se substitue peu à peu à la matière grise de nos défunts aïeux, ces archaïques rédacteurs de la Déclaration des droits de l'Homme.

« Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » : quand nos ancêtres se cassaient le ciboulot à peaufiner de longues affirmations catégoriques en dissertant sur l'extensité maximale de l'article défini et le présent de vérité générale, nos contemporains moins chochottes préfèrent la formule lapidaire « on est chez nous» qu'ils aiment à prononcer en jetant des insultes blessantes comme des pierres sur les Roms et autres prétendus allogènes.

C'est ainsi que la Mairie de Paris, désireuse de « mettre à l'abri » quatre cents Roms vivant dans des cabanes bâties en juin sur une voie désaffectée de la ligne de petite ceinture, s'apprête à les foutre dehors et détruire leurs habitations sans leur laisser le temps de mettre au point leur projet de « maisonnettes modulaires » visant à leur garantir durablement un abri. Il est bien connu que dehors, sans abri, en plein hiver, on est bien plus à l'abri qu'à l'intérieur d'une cabane dépourvue de l'obligatoire détecteur avertisseur autonome de fumée (DAAF). Qu'on se rassure ! Les enfants auront la chance de dormir en hébergement d'urgence dans on ne sait quel hôtel, on ne sait où... pendant une semaine. Les familles encore expulsées, encore dispersées, de plus en plus précarisées, devront à nouveau trouver un terrain caché pour se remettre à l'abri quelques mois.

Cette « mise à l'abri » des familles Roms par leur expulsion, ressemble fortement à une opération de « nettoyage » d'un quartier de Paris, telle qu'il s'en produit régulièrement dans notre belle capitale livrée à la spéculation immobilière et où seuls les riches sont vraiment à l'abri. L'égalité c'est l'inégalité?

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.