Montreuil. Familles Roms expulsées: rassemblons-nous!

Cinquième nuit dans la rue pour les treize familles Roms expulsées de la Boissière, sans aucune solution de relogement. Un rassemblement aura lieu devant la mairie de Montreuil, mardi 2 août à 17 heures. Venons nombreux!

Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
 5 nuits dehors, et ce matin il pleut. Les treize familles Roms expulsées du boulevard de la Boissière à Montreuil n'ont toujours pas été relogées. 5 nuits dehors avec les enfants, certains très petits. Et pas 5 nuits au même endroit, ça serait trop confortable sans doute. Ça ne serait pas une vraie vie de Roms de France, ce beau pays des Droits de l'Homme déjà condamné plusieurs fois par la Cour Européenne des mêmes Droits de l'Homme pour le traitement honteux et discriminatoire qu'il fait subir à ces populations fragiles.

Chassés, pourchassés depuis six jours. Dimanche, ils avaient dormi sur la place Anna Politkoskaïa, du nom de cette militante russe des Droits de l'Homme assassinée. Juste en face de l'église Saint-Pierre. Vers 15 heures débarque la police. De la volaille de tout plumage : municipale, nationale et les baqueux et le commissaire et toute la joyeuse petite bande de fonctionnaires appliqués. Un camion à ordures se gare et patiente : tout à été prévu. Les flics donnent aux gens «5 minutes » pour partir de leur propre gré sinon il y aura évacuation. Ils sont épuisés : déjà quatre nuits dehors et il faut encore tout replier, et quitter la place Anna Politkovskaïa. Pour aller où ? Pas d'interlocuteur à la mairie : le nom de l'élu de garde est tenu secret ; et le Préfet est aux champs. Les esprits s'échauffent et le ton monte un peu. Alors viennent les menaces : « si dans 5 minutes vous n'êtes pas partis, contrôle d'identité. » Chantage. Parmi ces personnes, quatre sont sous OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français). Ces familles vivent en France depuis six ans, les enfants en âge d'être scolarisés vont tous à l'école à Montreuil. Leur vie est ici : nul ne veut se retrouver en Centre de Rétention. Le chantage est facile, il fonctionne.

Les hommes empilent les matelas, les femmes rassemblent les sacs et les enfants. Tous prennent la première rue, celle qui grimpe, qui grimpe dur en direction du parc des Beaumonts. Matelas, couvertures, sacs entassés. Deux petits par poussette ou sur les bras. Un nourrisson ne lâche pas le sein de sa mère, seul point fixe dans son univers de bébé, né Rom. La colonne désordonnée erre dans le quartier, ne sachant quel sera le point de chute et si même s'il y en aura un. Nous, les gadgé, on pense tous à la même chose : les images de l'exode, et on se le dit tristement. Le défilé dans les rues ne passe pas inaperçu. Aussitôt les braves gens se mettent au balcon, un téléphone à l'oreille : ils appellent les flics. Un homme lance par-dessus ses géraniums : « Déjà qu'on vous laisse venir dans notre pays alors foutez pas la merde ! » Il n'est pas possible de passer dans la rue sans recevoir des insultes ? Ils longent le cimetière : une jeune fille fait une plaisanterie dans sa langue, mais nous comprenons : au cimetière on peut dormir tranquille. Le gardien surgit de sa loge et cadenasse les grilles. Plus haut, ils arrivent à l'entrée du parc des Beaumonts : une pause. Où aller ? Que faire ? Nul ne sait, ils s'interrogent et l'angoisse augmente avec le soir qui vient. Mais déjà débarque la police rameutée par les citoyens. Et il faut encore se justifier.

Cinquième nuit dehors, cette fois sous la halle du marché Croix de Chavaux, et les conditions sanitaires se dégradent inévitablement. Une femme se plaint d'un mal de ventre depuis plusieurs jours. Mal à la tête et mal aux dents. Une petite fille pleure et me montre sa joue gonflée. Elle ouvre la bouche : elle a une carie à hurler. Des bébés semblent fiévreux, ils geignent. Pas de douches, ils se lavent comme ils peuvent à la lingette. Les mères changent les nourrissons à même le sol, tous mangent sur des couvertures : des saucisses crues puisqu'on ne peut rien cuire. Quelques personnes indignées se mobilisent, apportent des œufs durs, quelques couches. Heureusement, il y a l'association Rom Réussite et Liliana Hristache sa présidente en laquelle les familles Roms ont toute confiance.

Aujourd'hui, mardi 2 août, un rassemblement aura lieu à 17 heures place Jean Jaurès devant la mairie de Montreuil. Rassemblons-nous ! Venons nombreux, le plus nombreux possible pour montrer aux pouvoirs publics que la vie des Roms ne nous indiffère pas mais qu'elle nous concerne tous. Rassemblons-nous et crions notre indignation : ces familles, ces femmes, ces hommes, ces enfants ne demandent qu'un terrain avec un point d'eau, où ils pourront reprendre une vie normale sans la peur quotidienne de l'expulsion. Nul ne pourra croire que cette demande soit impossible à satisfaire : il suffit de le vouloir.

Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
Sympathisants- Montreuil 1er août 2016 © Gilles Walusinski Sympathisants- Montreuil 1er août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil- 1er août 2016 © Gilles Walusinski
liliana Hristache, présidente de "Rom réussite" © Gilles Walusinski liliana Hristache, présidente de "Rom réussite" © Gilles Walusinski

 

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