Montreuil. Famille Roms expulsées : l'extermination douce ?

Sixième nuit dehors pour les familles expulsées de la Boissière. Pas de repos pour les Roms de Montreuil harcelés. Hier, le rassemblement de soutien a mis un peu de baume au cœur des personnes dans la détresse mais la mairie persiste à ne vouloir trouver aucune solution.

Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski

On commémorait hier « l'holocauste des Roms ». Le 2 août : journée officiellement adoptée par le parlement européen pour se souvenir du million de morts du génocide des Tsiganes pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans la sinistre nuit du 2 au 3 août 1944, les Nazis décidèrent la liquidation du camp des Tsiganes d'Auschwitz-Birkenau, exterminant en quelques heures 2897 Sintis et Roms.

2 au 3 août 2016 : les quarante Roms montreuillois expulsés du boulevard de la Boissière ont passé leur sixième nuit dans la rue. Parmi eux, dix-neuf enfants dont le plus jeune est un bébé de quatre mois. Ils ne sont pas les seuls. L'été est une saison propice aux expulsions à Montreuil comme ailleurs en Seine-saint-Denis, comme partout dans notre beau pays de l'égalité et de la fraternité.

Les historiens nous disent que la France a une lourde responsabilité dans l'internement des Tsiganes qui permit leur déportation puis leur extermination par l'Allemagne nazie. En dépit des grands mots et des belles déclarations d'humanité, les traditions persistent : les Roms de France sont toujours persécutés. Chassés de leurs habitations pour cause d'insalubrité, jetés à la rue où ils survivent dans des conditions bien pires, pourchassés par la police qui a l'ordre de les expulser dès qu'ils posent leurs affaires quelque part, ainsi repoussés de rue en rue deux fois, trois fois par jour, les Roms de la Boissière sont exténués par le harcèlement dont ils sont victimes.

Un rassemblement de soutien a eu lieu hier devant la mairie de Montreuil, réunissant les treize familles expulsées, les militants associatifs et les simples citoyens révoltés par l'attitude non seulement du maire de Montreuil, mais aussi de l’État français vis-à-vis de ces populations en situation de grande fragilité. Dominique Voynet, ex-ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, ancienne sénatrice du 93 et précédemment maire de Montreuil, est venue apporter son soutien aux familles. Une délégation a finalement été reçue par trois élus. Résultat : nul.

Montreuil, 2 août 2016. Dominique Voynet apporte son soutien aux familles Roms expulsées © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016. Dominique Voynet apporte son soutien aux familles Roms expulsées © Gilles Walusinski

 

La seule « solution » qu'ose suggérer la mairie de Montreuil est de recourir à l'hôpital et au samu social. « Appelez le 115 », ont longuement répété en chœur de perroquets le représentant du directeur du cabinet du maire et le responsable de la « tranquillité publique » faisant face à Liliana Hristache, présidente de l'association Rom Réussite, et aux citoyens en colère devant l'hôtel de ville. La délégation enfin reçue n'a pas obtenu d'autre réponse. Pas de terrain accessible, pas de réquisition d'un bâtiment vide, pas d'ouverture d'un gymnase pour que ces personnes dorment au calme, protégés de la peur et de la pluie, prennent une douche et se reposent un peu. Pas de repos pour les Roms de Montreuil et de France. Les familles ont passé une sixième nuit dehors, sous la halle d'un marché ouvert aux quatre vents. « Appelez le 115 », c'est tellement facile.

Montreuil, 2 août 2016. "Appelez le 115" © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016. "Appelez le 115" © Gilles Walusinski

Tout se passe comme si la mairie de Montreuil voulait se débarrasser des Roms qui vivent depuis des années dans la ville, et dont les enfants fréquentent les écoles communales. Elle a choisi la « gentrification », la sélection des habitants parmi les classes aisées dites supérieures et encourage la construction de bâtiments qui leur plaisent, avec tout le confort moderne et sans pauvres à proximité. Partez, partez ailleurs et qu'on ne vous voit plus ici : tel est le message clairement délivré aux Roms de la Boissière. Et pour que vous compreniez bien, on vous harcèlera jusqu'à ce que...

« Extermination douce », c'est l'expression qui me vient à l'esprit. Cet abandon des malades dans les hôpitaux psychiatriques sous l'Occupation, qui fit des milliers de morts de faim, de froid, et d'absence de soins. En 2016, le sort des Roms de Montreuil et de France sera-t-il la mort lente par extermination douce ?

Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil, 2 août 2016 © Gilles Walusinski

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