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Billet de blog 4 janvier 2026

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sac de couchage bleu avec quelqu'un dedans

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’émerge, portée par l’escalier roulant qui me crache dans une gare de RER. Région parisienne, sa banlieue bourgeoise. J’y viens pour la première fois visiter une amie installée ici, dans un petit appartement clair et calme dont la location dévore un gros tiers de ses revenus.

Mon regard balaye l’espace, cherche le panneau d’orientation. Mais sous le plan du quartier, grande carte fixée sur pieds, il y a un sac de couchage bleu, étendu par terre, avec quelqu’un dedans.

Je ne vois pas ce quelqu’un (quelqu’une ?) glissé dans le sac tel un objet dans son fourreau fermé jusqu’en haut. Je le devine à la forme du corps dont les lignes sont moulées par le matelassé.

Ce corps, je le suppose vivant, mais comment échapper à l’image du linceul quand 5 personnes sans logement sont mortes de froid, la semaine de noël ? Je sors de la gare et m’oriente avec le GPS.

En rentrant, je ferai une recherche sur l’Observatoire des loyers : dans cette ville, le loyer médian s’élève à 20,4 euros le m2 hors charges.

Mon amie est travailleuse sociale, son boulot est lié à ce que la préfecture appelle « résorption des bidonvilles », elle monte des dossiers pour trouver des solutions d’hébergement ou de logement à des familles vivant en bidonvilles ou en squats avant la destruction de ces « lieux de vie informels » selon l’appellation des associations.

Quand, après la visite, le propriétaire lui a demandé ce qu’elle fait dans la vie, elle a hésité, puis elle a expliqué.

Ça lui a valu d’être choisie parmi plusieurs autres demandes de locataires, toutes également recevables. Puisque vous aidez les autres, je vous aide, a dit l’homme.

Bleu électrique du sac de couchage, trottoirs blancs de givre, point rouge de ma destination sur l’écran du téléphone.

Tri des corps dans l’espace public, dans l’espace privé. Corps abrités, corps exposés. Ce tri auquel on se fait comme il nous fait, malgré nous, parce qu’il est le réel vécu des corps, est l’un des symptômes du fascisme. Accepter le tri des corps, jusqu’à quelles extrémités ?

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