« Depuis l'aube (ode aux clitoris) » de Pauline Ribat

Il y a tant à dire sur ce « petit organe charnu, érectile, situé à la partie supérieure de la vulve» selon la définition du dictionnaire, tant à révéler sur cette intéressante curiosité anatomique féminine, appelée bouton d'amour par les poètes...

photo Alex Nollet © Chartreuse Villeuneuve lez Avignon photo Alex Nollet © Chartreuse Villeuneuve lez Avignon

Lorsque vous êtes invitées dans une soirée mondaine, à une réception rue de Passy ou une sauterie chez la baronne de X, vous voilà bien confuse quand la conversation a épuisé toutes les ressources des inondations dans les haras de Deauville, des plus beaux paradis fiscaux ou du tabassage de collégiens par des flics sensibilisés aux problèmes d'éducation. Un ange passe, et vous ne savez comment relancer autour de vous l'aimable causerie. Pas de panique. Ne cherchez plus un sujet qui mettra tout le monde à l'aise et permettra aux convives de retrouver le plaisir de tailler la bavette. En voici un, sensible et délicat : le clitoris.

C'est qu'il y a tant à dire sur ce « petit organe charnu, érectile, situé à la partie supérieure de la vulve» selon la définition du dictionnaire, tant à révéler sur cette intéressante curiosité anatomique féminine, appelée bouton d'amour par les poètes, et dans toutes les alcôves : coquillage, berlingot, framboise, perle, rose des prés, friandise, clicli, clitounet ou autre affectueux sobriquet. Vous pouvez, par exemple, mais toujours sur un ton de gracieuse politesse, demander à votre hôte de raconter sa première masturbation. Elle sera ravie de cette occasion, par vous offerte, de briller en société.

Mais si vous n'aimez pas les raouts proutprouts, si les garden-parties vous ennuient, prétextez un cours de polo et courez voir Depuis l'aube (ode aux clitoris), un spectacle écrit par Pauline Ribat. Accompagnée par les comédiens-musiciens Florian Choquart et Lionel Lingelser, Pauline Ribat réussit la gageure osée de porter sur scène clitoris et sexualité féminine dans un spectacle plein d'humour mais empreint aussi de gravité. La vulgarité ne débarque sur les planches qu'à travers la représentation des dragues lourdingues, des « compliments » sexistes et de tout autre expression d'un « libertinage » dont les agresseurs sexuels, de la rue à l'assemblée nationale en passant par le métro, déplorent qu'il soit si mal compris par leurs victimes insultées et à jamais blessées. Pauline Ribat a beaucoup écouté les femmes, leurs récits des petites et grandes violences subies, les difficultés d'en parler, de les dénoncer, et rapporte leurs paroles trop souvent interdites, secrètes, devant un public dont la qualité du silence dévoile combien il est touché.

Des dialogues très drôles, des chansons parodiques, l'inversion des rôles, les jeux de langage que permet le foisonnant vocabulaire des sexes, le brio musical de Florian Choquart, alternent avec des moments poétiques et plus graves servis par le jeu subtil de Lionel Lingelser, dans une liberté de bouger, de dire et de penser qui fait du bien en cette période où les droits des femmes, l'attention portée à l'égalité des genres, sont en évident repli.

Depuis l'aube (ode aux clitoris), est féministe sans le revendiquer, féminin sans exclusion, et universel dans la célébration du plaisir partagé, dans l'éloge d'une sexualité qui grandit ceux et celles qui se donnent jouissance et amour en respectant le corps et les désirs de l'autre. Cette Ode au clitoris est une ode à la vie.

J'ai vu ce spectacle au Théâtre Roublot de Fontenay-sous-bois (94). Prochaines représentations à Chambéry, heureux savoyards !

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.