Juliette Keating (avatar)

Juliette Keating

Abonné·e de Mediapart

1055 Billets

4 Éditions

Billet de blog 4 juillet 2015

Juliette Keating (avatar)

Juliette Keating

Abonné·e de Mediapart

Les mauvalises

Depuis qu'abêtis par des décennies de société de consomunication, nous avons renoncé à utiliser le langage comme vecteur de pensée et de sens, nous ne savons plus que faire des mots sinon les manipuler comme des débris de paroles dont quelques épaves auraient gardé un certain clinquant.

Juliette Keating (avatar)

Juliette Keating

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis qu'abêtis par des décennies de société de consomunication, nous avons renoncé à utiliser le langage comme vecteur de pensée et de sens, nous ne savons plus que faire des mots sinon les manipuler comme des débris de paroles dont quelques épaves auraient gardé un certain clinquant. La publicité moderne ayant supplanté la poussiéreuse philosophie, il était bien naturel que le langage s'adapte à l'expression des concepts des marchands de lessives et de canons : calembours, néologismes, barbarismes et anacoluthes sont mobilisés au service de la sentence commerciale et de l'injonction à acheter l'inutile. Les slogans nous tiennent lieu de poésie et les formules ineptes diffusées par les écrans sont nos maximes profondes.

Le dernier assaut des combattants pour l'atrophie du langage prend aujourd'hui la forme d'une utilisation généralisée du mot-valise. Quand la pensée est courte, pourquoi l'exposer longuement ? Une moitié de mot plus une moitié d'un autre mot, font un joli vocable nouveau, propre à susciter l'étonnement du consommateur de médias. Ainsi ne dites pas : la sortie de la Grèce de la zone euro, mais le grexit ; ne dites pas non plus : le référendum grec, mais le greferendum. L'économie est remarquable, quand il ne nous reste, pour tout support à notre liberté d''expression, que l'espace de 140 signes. Peut-être devrait-on se réjouir de cette joyeuse production d'un vocabulaire tout neuf qui viendra vite enrichir le dictionnaire de l'Académie. Je ne sais. En la matière, je reste dubitahurie.

Des mots-valises aux maux-valises, il n'y a qu'un jeu : si les mots périclitent, les maux et les valises prospèrent. Dans la valoche on croit boucler ses maux, pour le grand départ. A l'arrivée, on rêve d'ouvrir son bagage et miracle, le malheur s'est métamorphosé en espoir d'une vie meilleure sur une terre d'accueil. Mais le voyage est long et douloureux. Et les valises à maux sont bien lourdes à porter. Tellement lourdes qu'elles font couler les rafiots surchargés de tous ces porteurs de maux-valises en quête d'un refuge.

Pour Julian Assange, pas de valises, que des maux avec lesquels il restera enfermé dans une petite chambre équatoriale en plein Londres. Car la France, cher Julian, n'est plus le pays des droits de l'Homme, mais celui du refusasile.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.