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Billet de blog 4 août 2016

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Montreuil. Familles Roms expulsées : si elles sont dans la rue, c'est de leur faute !

Septième nuit dans la rue pour les familles Roms expulsées de la Boissière. A qui la faute? Aux Roms, bien sûr.

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Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski

Une semaine. Depuis huit jours et sept nuits, les familles Roms expulsées du 250 boulevard de la Boissière vivent et dorment dehors, dans la rue. Dix-neuf enfants, dont des tout-petits, sont maintenus dans des conditions de vie inhumaines, privés de soins indispensables, et harcelés par une police de plus en plus menaçante qui les chasse de partout. Deux fois, trois fois, quatre fois dans la journée d'hier, il a fallu rempaqueter les affaires que les familles parviennent encore à garder avec elles, dont les cartables des enfants qui seront bien présents, le jour de la rentrée, dans les écoles de Montreuil où ils sont inscrits.

À tous ceux que des mots forts choquent plus que l'odieuse réalité qu'ils dénoncent, à tous ceux qui préfèrent une solidarité de parti ou de clan à la solidarité humaine, je dis : vous êtes des salauds.

Depuis une semaine, les quelques représentants de la mairie que les personnes expulsées et les associations de soutien, telles que Rom Réussite, ont pu (rarement) rencontrer, allongent la mine et prennent des airs contristés par la situation des familles qu'ils estiment inacceptable (et ils ont raison). Mais... ils ne proposent rien de concret, répètent qu'il faut recourir au 115 et demandent aux Roms de ne plus stationner dans les rues. La mairie publie un communiqué officiel pour se dédouaner. Mais la communication n'est pas l'action. Des mensonges empilés ne font pas une vérité.

Que d'hypocrisie et de faux semblants dans ce drame dont les victimes sont toujours les mêmes : les plus fragiles, les plus pauvres, les sans droits. La mairie aurait tout fait comme il faut, respecté les procédures, agi dans l'intérêt des personnes expulsées. Alors comment en arrive-t-on à cette situation de désespoir absolu ? Comment se peut-il qu'on laisse dix-neuf enfants dormir sept nuits dans la rue ?

Ce qu'on entend sous les tartufferies de la compassion, ce sont encore les échos du même discours aigre : les Roms font preuve de mauvaise volonté. Ils refusent de respecter nos lois, ils ne veulent pas scolariser leurs enfants, ils ne font pas de demande de logement social et rejettent les propositions d'hébergement d'urgence en hôtel. Si ces gens-pas-comme-nous se retrouvent dans la rue, c'est bien de leur faute. Ils l'ont cherché, c'est presque mérité. Pourtant, les enfants sont bien scolarisés, des demandes de logement ont bien été faites et les familles n'attendent qu'une chose : abandonner « l'occupation illicite du domaine public », pour un lieu qu'ils pourront habiter en toute légalité.

Et l'hébergement d'urgence ? Au moment de l'évacuation du bidonville du boulevard de la Boissière, des propositions ont été faites pour quatre familles sur treize. Deux de ces familles sont actuellement en Roumanie. Croit-on vraiment venir en aide à quarante personnes avec quatre proposition d'hébergement précaire ? À l'issue du rassemblement de soutien du mardi 2 août, une délégation a été reçue par trois élus sans qu'aucune solution soit trouvée pour la nuit qui venait, pas même l'ouverture d'un gymnase vide. Toutefois, l'adjoint délégué aux affaires sociales et à la solidarité a demandé si les familles expulsées accepteraient un hébergement d'urgence pour les jours suivants. Voici leur réponse, transmise par l'intermédiaire de l'association Rom Réussite qui a envoyé ce mail à la mairie mercredi 3 août au matin :

Bonjour,

Suite à la réunion d'hier, nous avons parlé avec les 13 familles du 250 boulevard de la Boissière. 

Épuisées, elles souhaitent un hébergement d'urgence, mais beaucoup d'entre elles ont connu les hébergements du 115 et sont effrayées par les kilomètres à faire, certains ne savent pas lire et ne savent s'orienter qu'à Montreuil. L'absence de cuisine dans la plupart des hébergements fait que ce n'est pas une solution viable sur le long-terme. La rentrée scolaire étant dans moins d'un mois, les enfants scolarisés doivent pouvoir rester sur Montreuil. Une classe UPE2A a été ouverte à l'école Nanteuil pour l'année 2016-2017 et cinq enfants au primaire y seront scolarisés.

La totalité des familles souhaite donc un hébergement d'urgence à Montreuil ou dans les villes limitrophes, où elles vivent depuis plus de dix ans. Cet hébergement d'urgence n'aura d'intérêt que si il leur offre une stabilité sur un territoire où ils ont toutes leurs attaches socio-professionnelles, scolaires, de santé, de domiciliation etc... Les familles doivent être suivies par une assistante sociale de la Mairie de Montreuil.

Encore une fois, nous renouvelons notre demande d'une convention d'occupation précaire pour les 13 familles sur un terrain ou dans un immeuble pour un an. L'association Rom Réussite s'engage à faire l'accompagnement socio-professionnel.

Nous vous remercions pour les démarches que vous pourrez faire en ce sens auprès de la DRIHL. 

Cordialement,

Liliana Hristache,
Présidente de Rom Réussite

Après de longues heures d'attente, mêlées d'angoisse et d'ennui, et un espoir limité par l'expérience des déceptions : aucune proposition d'hébergement en hôtel n'avait été formulée par la mairie mercredi, à 19 heures. Il recommençait à pleuvoir. Les expulsés de la Boissière ont bâché leurs poussettes et leurs caddies remplis de leurs pauvres effets. Ils ne savaient pas où ils allaient passer la nuit.

Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil, 3 août 2016 © Gilles Walusinski

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