Depuis que l'homme découvrit la massue et que muni de cet engin rudimentaire il s'empressa de trucider son prochain, depuis que l'homme répugnant à la paisible solitude s'acoquina à son semblable et prit goût à la ferveur tribale, depuis que l'homme ennuyé de tant de beauté qui ne lui devait rien se mit en demeure de détruire le monde pour marquer son territoire : des femmes et des enfants meurent des effets de la guerre des hommes.
Il paraît que c'est dans la nature de l'homme : la bombe et le coutelas logeraient dans ses gènes. Mais l'homme n'est plus aujourd'hui le sauvage d'hier, il est civilisé. Il ne lui suffit pas d'égorger son voisin en cédant à une mâle pulsion, il lui faut se justifier, se targuer d'être du bon côté du meurtre de masse. Alors, pour gagner des médailles dorées et des rubans couleur de sang, l'homme a inventé le langage. On crut un moment que la parole mise au service de la raison, conduirait les hommes à renoncer aux armes, que l'on réglerait les différends autour d'une tasse de thé ou bien à la tribune des organismes internationaux. On crut que les mots sauraient imposer le désarmement, l'arrêt immédiat de tous les combats. Que nenni ! L'argumentation se montra au contraire l'alliée fidèle des va-t-en guerre, l'instrument parfait des propagandistes du crime officiel et du massacre glorifié.
C'est ainsi que dans la nuit du trois octobre deux-mille quinze, à Kunduz, Afghanistan, une pluie de bombes tombée des avions de guerre américains s'abattit pendant une demie-heure sur un hôpital de MSF, tuant malades et médecins sans distinction. Car pour mettre fin à la guerre l'homme n'a rien trouvé de plus épatant que la guerre. Il fallait frapper « des personnes qui menaçaient la coalition », nous assure-t-on. La fin justifie les moyens. On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs, sans tuer au moins trois enfants.
enfants tués à peine nés
sachez que c'était pour le bien
la justice la paix combien
de morts encore à peine nés
Qu'on m'enterre à mon heure au cimetière des chiens. En bonne compagnie, loin des champs du déshonneur des hommes.
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