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Billet de blog 5 janvier 2026

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Irina et les enfants

J’écris dans une pièce à 14 degrés, la chaudière s’étant mise en panne, comme il se doit, un dimanche. Cet hiver froid, cette météo normale pour la saison reste clémente pour qui a un toit. Mes lectures me conduisent dans cet hiver hors de toute « normalité » qui frappa Moscou en 1919. 

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J’écris dans une pièce à 14 degrés, la chaudière s’étant mise en panne, comme il se doit, un dimanche. Cet hiver froid, cette météo normale pour la saison reste clémente pour qui a un toit. Mes lectures me conduisent dans cet hiver hors de toute « normalité » qui frappa Moscou en 1919.

La poétesse Marina Tsvetaeva, 27 ans, se trouve seule avec ses deux filles dans la ville privée de tout sauf de boue et de neige. Les pages de son journal pendant ces mois de famine sont traversées d’une ironie aussi mordante que le gel. Le pays est en guerre, les dirigeants soviétiques ne sont pas en mesure de nourrir les populations, la Tcheka surveille ce qui se dit, ce qui s’écrit.

Tsvetaeva ne se censure jamais y compris pour défendre les combattants de l’armée blanche dont fait partie son mari Sergueï. La pauvreté ne la gêne pas ; ce qui la torture, c’est de parvenir à nourrir ses filles. Elle erre de l’un à l’autre, parcourt la ville à la recherche de la moindre bricole à manger ou à échanger, il faut trouver le combustible pour chauffer le samovar et l’eau de la soupe.

Alia, l’aînée, est une poète de sept ans. La petite Irina n’a pas trois ans et toujours faim. Comme tous les enfants otages de l’Histoire, elles souffrent d’un monde rendu invivable par des adultes. Des famines, il en eut au temps des tsars, qui emportèrent nombre d’enfants. Conseillée par des amis, Tsvetaeva confie ses filles à l’orphelinat bolchévique de Kountsevo, sur la promesse qu’elles y seront bien nourries. Mais ce prétendu refuge est un mouroir dont elle retirera Allia atteinte de la malaria, se jurant de venir chercher Irina dès que possible. Elle apprendra la mort de son enfant quelques jours plus tard. Irina est morte de faim.

Le bien-être des enfants, de tous les enfants, devraient être le repère absolu guidant l’action politique. Ils et elles sont quantité négligeable, dans l’hiver russe comme sous les bombes israéliennes jetées sur Gaza comme dans les attentats, les pogroms et les diverses infamies de création (in)humaine.

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