Ici et maintenant...

Le matérialisme, cette sale bête, a crevé. Sans fleur ni couronne, sans pompeuses obsèques, sans éloge funèbre ni regrets éternels. Le cadavre du réel moisit lentement, se décompose puisqu'il n'y pas d'alternative au pourrissement. Les vers sont irréfutables. Au XXIe siècle, les humains lassés de se colleter l'ingrate réalité et son accablante pesanteur, s'en sont retournés humer l'opium revivifiant des idéalismes éthérés.

Le matérialisme, cette sale bête, a crevé. Sans fleur ni couronne, sans pompeuses obsèques, sans éloge funèbre ni regrets éternels. Le cadavre du réel moisit lentement, se décompose puisqu'il n'y pas d'alternative au pourrissement. Les vers sont irréfutables. Au XXIe siècle, les humains lassés de se colleter l'ingrate réalité et son accablante pesanteur, s'en sont retournés humer l'opium revivifiant des idéalismes éthérés. Les déplaisantes vérités de la matière nous emmerdent, enivrons-nous plutôt de joyeuses balivernes.

Pour conjurer les guerres et la misère, on en appelle à Jésus sauveur et à sa grande clémence ; on juge toute parole et toute action des hommes selon la chatouilleuse susceptibilité de Mahomet ; on craint la colère du dieu jaloux si l'on ose ôter son chapeau. Pour passer le temps avant l'éternité, on se tape dessus afin de décider si les femmes doivent sortir en foulard ou en cheveux, s'il est pur ou pas de manger de la bête à plume, à cornes ou à groin, s'il faut chômer le vendredi, le samedi, le dimanche, s'il est plus convenable de prier les fesses tournées vers Rome, la Mecque ou Jérusalem et si l'on gagnera plus vite son paradis en se faisant exploser au milieu d'une foule de vieillards et d'enfants ou bien en caressant Monsieur le curé sous la soutane. Et puisqu'il faut de gais sacrifices pour se désennuyer des réalités et montrer qu'on ne plaisante pas avec le sacré mensonge, on organise de véritables carnages, d'incontestables assassinats à fin de glorifier le saint imposteur de son choix.

Si les vieilles religions ont l'inépuisable attrait du folklore, elles dégagent tout de même les relents des jupes compissées de mamie. Alors, pour montrer qu'on est moderne, on se prosterne devant la déesse Économie, on lit l'avenir dans les prophéties de sainte Statistique, on interprète doctement les augures des algorithmes. Le rite de la nouvelle église se célèbre en langue de bois dans les temples internationaux du dogme néolibéral ; les fidèles plient l'échine et se soumettent à la volonté supérieure de la Dette, tout en priant pour l'avènement de la salvatrice Croissance, qui peine un peu à ressusciter. L'humaine constance dans l'adoration des vaines idoles ébahit.

Le privilège des êtres suprêmes, c'est de ne pas se sentir tenus de répondre aux supplications des mortels, qui ont faim trois fois par jour, qui ne peuvent vivre sans un toit sur leur tête fragile, ces êtres de chair et de sang qui souffrent d'être bien réels, eux. Sans échappatoire.

rue de l'Ouest - Paris 14 - 5 avril 2015 © Gilles Walusinski rue de l'Ouest - Paris 14 - 5 avril 2015 © Gilles Walusinski

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