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Billet de blog 7 août 2020

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L'attente

L’attente est partout si elle n’est pas dite. Passivité peut-être, mais aussi : silence dur et affilé comme le fut, par des mains habiles, le silex au seuil des commencements. On fourbit ses armes sans le savoir vraiment ; colère latente qui soudain prend corps.

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Prise dans la torpeur. Le temps épaissit autour comme de la gelée tremblotante. L’attente au cœur de l’été. Les bâtiments tranchent net dans le cadre de la fenêtre et les feuilles du peuplier figent. Un marronnier couleur rouille déjà porte ses fruits. Mais ça n’est pas une photo. Pétarade d’une motocyclette invisible qui taille dans la chair de la ville, cris des corneilles assoiffées, d’un toit l’autre, alarme de recul du camion des éboueurs et, assez loin derrière le voile de touffeur, les premiers éclats de voix humaines. T’as raison !, hurle quelqu’un de bon matin. Dans l’immeuble d’en face, un enfant parle le langage originel, un autre chouine dans la rue.

L’attente est partout si elle n’est pas dite. Passivité peut-être, mais aussi : silence dur et affilé comme le fut, par des mains habiles, le silex au seuil des commencements. On fourbit ses armes sans le savoir vraiment ; colère latente qui soudain prend corps. Là-bas, le souffle incandescent de l’explosion a dévasté la ville : assassinat de populations par l’impéritie et la corruption, le pouvoir criminel des hommes avides. ChacunE sait que ce qui est arrivé en ce point précis du globe se produira ici, partout, réplique à l’identique ou invention d’une forme renouvelée de désolation.

Il n’y a pas de là-bas. Il n’y a pas d’étranger car nulLE n’est en dehors de ça : ce monde que la pire part de l’humanité a forgé avec le malheur de l’autre. Frontières, nations, murs, lois, notions criminelles qui séparent les humains pour d’imaginaires différences tandis que les produits toxiques et l’argent circulent à l’aise.

Immobile, fascinéE devant Tchernobyl en flammes, devant le tsunami inexorable qui s’avance, devant la déflagration qui vient. Chanter tandis que coule le Titanic. Au bord du trou se pencher un peu pour y voir plus sombre. L’attente que tout cela s’efface dans l’ultime big boum. Une cloche tinte au lointain, tu reconnais le glas. Dans la sécheresse suspendue de ce matin d’été, telle la pièce lancée qui retombe sur la tranche et tourne, tourne, tourne, se livrer aux doigts des mauvais marionnettistes. Destin de sang.

Ou : le front de nos refus enfin prend force, renverse ce qui nous tue. Sans attendre.

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