Chronique d'une haine extraordinaire

Je hais le foot. J'abhorre le culte du ballon rond. J'abomine le fascisme footballistique que des milliardaires mafieux infligent aux populations du monde, dépouillant les gens de leurs neurones tout en leur faisant copieusement les poches.

- Pourquoi t'es là, toi? - J'ai manifesté contre la loi El Khomri, et toi? - Je hais le foot. - Pourquoi t'es là, toi? - J'ai manifesté contre la loi El Khomri, et toi? - Je hais le foot.

Je hais le foot. J'abhorre le culte du ballon rond. J'abomine le fascisme footballistique que des milliardaires mafieux infligent aux populations du monde, dépouillant les gens de leurs neurones tout en leur faisant copieusement les poches.

Le foot professionnel me répugne, tant il charrie la boue de toutes les bassesses du néolibéralisme poussé jusqu'à ses excès les plus féroces. Cruauté de l'univers d'un sport qu'on dit collectif mais qui n'est en réalité qu'une lutte à mort d'un joueur contre les autres pour se faire sélectionner, pour être celui qui sera sur le terrain, à la meilleure place et remporter le plus gros pactole. Coups bas, racisme, dopage, petits arrangements entre amis : que le meilleur gagne la compétition de saloperies !

Je vomis les rapaces du fric facile affolés par l'odeur de l'argent que les pauvres paient à crédit, qui vendent au prix du sang des travailleurs de Chine ou d'ailleurs, au mépris de la survie de la planète, l'immonde fatras des babioles aux couleurs des équipes nationales, et s'empressent d'aller cacher le fruit de leur monstrueuse rapine à l'ombre des paradis fiscaux.

Je déteste les hymnes nationaux beuglés dans les stades sécurisés par des milices. Je maudis le bonheur factice cameloté par des sponsors avides. J'exècre les « on a gagné » des piliers de bistrots aux maillots floqués tendus sur leur gros bide, réunis comme des bœufs à la mangeoire devant les écrans géants qui imposent à tous la bêtise spectaculaire de vingt-deux crétins en sueur courant derrière un ballon.

J'enrage lorsqu'on ose prendre en exemple pour la jeunesse la « réussite » de tel gamin des banlieues devenu, par la grâce efficace du don de la balopied, un nabab vivant en prince dans son palais en or, ne sachant plus compter qu'en millions. Je hurle quand on évoque les « valeurs » du sport, je fulmine quand il n'y a plus d'autre info à la une de la presse propagandiste que les résultats de leurs matchs truqués et les pronostics des prochains affrontements de hooligans nationalistes décérébrés.

 Je refuse cette ambiance abjecte que l'on va m'obliger à subir pendant un mois, un beau mois d'été, un beau mois volé. Je hais le foot.

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