Montreuil. Familles Roms expulsées : treizième jour à la rue.

Le 28 juillet 2016, treize familles Roms du boulevard de la Boissière ont été expulsées de leurs habitations sur la demande de la mairie de Montreuil, sans solution de relogement ni mise à l'abri. Treize jours plus tard, quarante personnes dont dix-neuf enfants dorment toujours dans la rue.

Montreuil. Août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. Août 2016 © Gilles Walusinski

Quand, le 28 juillet, les treize familles Roms du boulevard de la Boissière ont été expulsées de leurs habitations sur la demande de la mairie de Montreuil, quand les 40 personnes dont 19 enfants se sont retrouvées dehors sans solution de relogement ni mise à l'abri, quand l'association Rom Réussite a alerté sur la situation dramatique dans laquelle se trouvaient ces familles, jamais nous n'aurions imaginé que, treize jours plus tard, les enfants dormiraient toujours dans la rue.

Au fond de nous-même, et malgré les leçons de nos engagements, malgré la publication de rapports mettant en lumière les insuffisances de la France quant au respect des droits de l'enfant ou dénonçant les mesures discriminatoires à l'égard des Roms, nous croyions encore un peu aux institutions, à l’État protecteur, à la fable du pays des Droits de l'Homme, au sens de l'expression « mairie de gauche ». Nos dernières naïvetés sont mortes.

C'est bien dans notre pays, en 2016, que les pouvoirs publics laissent dix-neuf enfants dont des bébés vivre et dormir dans la rue, à la merci de tous les dangers pour leur santé et pour leur sécurité que cette situation intolérable implique. C'est bien dans notre pays que nulle institution, que ce soit à l'échelle de la municipalité, du département, de la région ou de l’État, n'est capable, en treize jours, de trouver une solution d'hébergement d'urgence pour quarante personnes. Nul ne pourra m'empêcher de penser que si ces enfants sont laissés ainsi à la rue sans assistance, c'est parce qu'ils sont Roms.

Et voilà qu'on nous rechante l'antienne de cette « misère du monde » impossible à accueillir « toute », et qu'il faudrait diviser en parts, ces parts maudites de l'humanité que notre société sacrifie à sa richesse et qu'elle voudrait distribuer parcimonieusement pour mieux en accomplir la perte. Il y en aurait trop : trop de mal logés à Montreuil, trop de pauvres, trop de Roms sur la même commune. Aux villes riches de faire un effort. À l’État d'encadrer une répartition plus équitable sur le territoire de ces « charges » qui « coûtent cher » que constituent les classes populaires, les populations pauvres en général et les très pauvres en particulier. Il faudrait ventiler la misère, dans l'espoir peut-être que les atomes divisés de la pauvreté se dilueront, qu'enfin sera consommée l'invisibilité des pauvres.

L'idée séduit. Mais elle oublie que les pauvres, les réfugiés, les Roms sont aussi des personnes. Chacun a son histoire, ses repères, ses affections, ses souvenirs, ses engagements, ses projets liés à son lieu de vie. Les populations fragiles ne peuvent pas être « mises », ça ou là, autoritairement, au gré des opérations immobilières et autres réaménagements du territoire décidés par ceux qui ont le pouvoir d'organiser la vie des autres à leur place, ou de la désorganiser. Les quarante Roms expulsés de la Boissière habitent à Montreuil depuis des années, certains depuis dix ans. Ils ont leur vie à Montreuil, leur travail, les enfants y sont scolarisés grâce à l'action remarquable de l'association Rom Réussite en vue de l'insertion socio-professionnelle des familles. On peut toujours ressasser le préjugé xénophobe de l'absence de volonté des Roms de « s'intégrer ». Mais quand tout un travail d'insertion est mis en pièces par une expulsion sans relogement, qui est responsable ?

Hier soir, lundi 8 août, comme maintenant tous les soirs, un rassemblement festif a eu lieu à 18 heures sur la place Jean-Jaurès. De la musique, des danses Roms, parce que la vie est encore plus forte que les égoïsmes et les arrangements des mairies de gauche avec la justice sociale. Mais la vie, dans ces conditions insupportables, est menacée. Faudra-t-il qu'un drame surgisse pour que la situation de ces familles, expulsées de leurs habitations prétendument pour les protéger et depuis treize jours à la rue, soit enfin sérieusement prise en compte ?

Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil. 8 août 2016 © Gilles Walusinski

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