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Billet de blog 9 novembre 2017

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Crise de mauvaise foi

Le monstre, c'est Plenel.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Crise de mauvaise foi dans le marigot médiatique. La nausée nous prendrait souvent si nous n'avions pour toute distraction que les sites des medias à la solde des grands argentiers, et les propos de comptoir de plus en plus malodorants des interminables fils de commentaires. Heureusement, dehors, il y a la vie, il y a les autres. De vraies personnes qui nous tirent de l'enfermement mental des fixettes livrées chaque semaine par l'actu, pour occuper les braves gens, leur donner leur pâtée à remâcher comme on jette au chat son mou.

Des femmes n'en pouvaient plus de garder pour elles les violences qu'elles ont subies, qu'elles subissent encore quotidiennement de la part de certains hommes : elles ont enfin crevé le sac du secret, certaines ont livré le nom de leurs agresseurs. Mais de ces femmes violentées, meurtries, on ne parle déjà presque plus. La justice fera son boulot, croit-on, mais il est probable que celles qui ont osé porter plainte se retrouvent bien seules quand elles devront répondre de la vérité de leurs accusations devant le tribunal. Déjà la page des gazettes est tournée, car il faut un nouveau buzz et il y a plus croustillant à mettre sous la dent de l'opinion que des gonzesses violées : il y a leur violeur présumé puisque c'est encore lui, jusque dans ces sales affaires, la vedette.

Il y a plus intéressant que la souffrance des femmes agressées et que la domination masculine qui pèse sur chacune dès la naissance et pour toute la vie : il y a Tarik Ramadan. Pire encore, il y a ceux qui ont dialogué avec lui. Ce sont ceux-là, qui ont un jour parlé avec Ramadan, qui n'ont pas hurlé avec les loups mais l'ont écouté pour réfléchir, comprendre et pouvoir lui répondre, les mêmes qui ont plus largement pris la parole pour dénoncer l'islamophobie ambiante qui pourrit la vie des musulmans autant que le paternalisme pourrit celle des femmes (les musulmanes cumulant les deux), qui seraient responsables, sinon des agressions sexuelles que le Tartuffe islamiste aurait commises (ça c'est de la caricature rigolote), mais sûrement de la radicalisation de la jeunesse musulmane. Ne cherchez plus les responsables des attentats, c'est Plenel. Les terroristes se sont radicalisés sur mediapart.

La ficelle parait bien grosse mais elle fait son effet. Pendant ce temps, dans la vraie vie, les jeunes subissent de plein fouet le chômage, les difficultés pour étudier tout en gagnant sa vie, pour se loger, pour exister. Les jeunes musulman.es sont confronté.es chaque jour au racisme bien ancré dans la société française et largement décomplexé : orientation scolaire précoce, discrimination à l'embauche, à l'accès au logement, ségrégation urbaine, contrôles au faciès, insultes islamophobes. Ils voient leurs parents âgés s'être détruits la santé dans les usines et sur les chantiers pour des patrons blancs, et vivoter d'une maigre retraite entre deux séjours à l'hôpital. Cette assignation à une vie médiocre, sans perspectives, réduite au calcul d'une économie de la survie, courbée sous le poids d'un colonialisme qui semble impossible à dépasser, n'est sans doute pour rien, ni dans les troubles psychiatriques de certain.es, ni dans l'égarement d'autres ou des mêmes sur les voies odieuses de la revanche criminelle, prétendument au nom d'Allah. Le monstre, c'est Plenel.

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