Gras animal vorace de l'ordre des profiteurs, le richard se reconnaît à son air satisfait, à sa tête à claques et à son derrière volumineux qui semble appeler la chaussure. Toutes les variétés de richards des deux sexes présentent un renflement pathologique de l'ego ainsi qu'une hypertrophie d'une poche caractéristique, située au niveau du cœur, dans laquelle ils serrent étroitement leur portefeuille. Présent sur tous les continents, le richard ignore les frontières : il n'y a pas de limite au vol du richard, qui se nourrit essentiellement de charognes de travailleurs et de petites proies précaires.
Étrange animal, le richard est un parasite qui se croit indispensable à la bonne marche du monde. Il justifie son insatiable boulimie de fric par sa prétendue nécessité sociale. Quelque désastre qu'il produise autour de lui - faillites d'entreprises, plans de restructuration calamiteux, déclenchement d'une crise planétaire majeure - le richard se gave tant et plus de primes et de bonus : c'est ce qu'il appelle la juste rémunération de sa prise de risque. A quoi l'on voit que le richard a le poumon vigoureux, c'est qu'il ne manque pas d'air.
Le richard a la phobie des taxes, des contributions et des impôts. Quand arrive la saison où le richard devrait payer ce qu'il doit à l'état, on l'entend sur les ondes pousser ce piaulement déchirant nommé : trompette de la défiscalisation. Ce cri pathétique du richard menacé par l'impôt, a le pouvoir surprenant d'émouvoir jusqu'à la déraison les ministres de l'économie de tous poils, lesquels, pour apaiser ses souffrances, le caressent dans le sens du crin avec une nouvelle loi d'allègement des charges tout en le bourrant de jolis cadeaux puisés dans les caisses du trésor public qui ne le calment pas loingtemps. Le richard est délicat et fragile : il est très allergique au coût du travail. Payer ses employés peut s'avérer très dangereux pour le richard qui frôle à tout instant l’œdème de la luette, et crie à l’étouffement de sa compétitivité. Heureusement, le gouvernement socialiste travaille d'arrache-pied à la création d'un travailleur gratuit et corvéable à merci, qui préservera le richard de tout accident de santé financière.
Enfin, le richard reste au cœur d'un intrigant phénomène scientifique jamais expliqué : on ne lui connaît pas de vrais prédateurs.