Le vide

Découvert, hier, les images du président dans sa voiture officielle descendant les Champs Élysées, vides.

Paris, place de la Concorde © Gilles Walusinski Paris, place de la Concorde © Gilles Walusinski

Découvert, hier, les images du président dans sa voiture officielle descendant les Champs Élysées, vides. Suivi de près par l’essaim des véhicules qu’on imagine transporter des militaires et ses gardes du corps, le buste de Macron, dépassant du toit de sa Peugeot luxe, salue mécaniquement une foule absente. Le long du parcours, s’égrainent sur les trottoirs déserts de la vaste avenue, quelques silhouettes éparses qui sont sans doute, au moins pour moitié, celles de flics en civil. Les caméras filment puisqu’il s’agit de la cérémonie annuelle célébrant la victoire contre le nazisme, le 8 mai 1945. La fin de la Deuxième guerre mondiale en Europe. Le président a déposé une gerbe sous l’Arc de triomphe dont les gazetiers accrédités claironnent qu'il a été restauré, puis il est parti. La comédie du souvenir protocolaire s’est jouée presque sans spectateurs. Il paraît qu’il pleuvait.

On connaissait ces commémorations publiques, et les Champs Élysées noirs de monde en des temps de liesse populaire. Mais c’est plus pareil. L’avenue a été privatisée par le chef de l’Etat, on ne sait quelle gueule il fallait avoir pour réussir à se faufiler entre les mailles du filet policier filtrant l’accès à la cérémonie officielle. Marée basse pour le bain de foule. Le président ne serre que les mains choisies d’autres présidents ou de galonnés. Les péquins sont priés de faire leur devoir de mémoire à la maison.

No man’s land. Les habituelles barrières retenant la curiosité des badauds sur le passage des blindés présidentiels ne suffisent plus. Les Champs Élysées sont minés pour le pouvoir depuis que les gilets jaunes en on fait le lieu symbolique de leur révolte. Entre le chef de l’Etat et les habitants de France, il faut aujourd’hui une zone débarrassée de la moindre présence humaine, puisque toute présence est considérée, forcément, comme hostile à Macron. Tous et toutes suspects, tous et toutes coupables, ne serait-ce qu’en intention. Être ici et maintenant, c'est participer à un groupement en vue de... Preuves, s'il en fallait à la police, ces quelques sifflets et quolibets, les appels à la démission, entendus tout de même malgré les sourcilleuses précautions.

Les communicants du patron ont-ils bien jaugé l’effet désastreux de l’avenue dépeuplée et des saluts présidentiels adressés au grand vide ? L’homme, seul, ne tient plus en place que retenu par les étais douteux d’un État de plus en plus policier. Tandis que ses derniers supporters déclarés enchaînent les provocations et les bourdes comme on enfile des perles, ses soutiens moins exposés médiatiquement doivent commencer à s’inquiéter. Les mensonges ont toujours une fin.

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