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Billet de blog 11 novembre 2015

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Que vienne Vendredi

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Tristes Robinsons. Naufragés sur notre île déserte, ce tout petit lopin, cet éclat de bitume, coin de trottoir, ce mouchoir de poche cerné de murs que nous croyons chez nous : assis sur le sofa, nous regardons nos mains inertes comme deux bouts de bois mort. Nous avons désappris à cultiver la terre, nous ne pouvons plus construire notre maison, tisser la toile et coudre nos habits. Notre solitude, démultipliée par tant de liens virtuels, illusoires, nous est insupportable au milieu de la foule. Libres, nous ne saurions que faire de notre liberté. Nous crèverions comme meurt, affolé, le canari échappé de la cage. Éternels enfants. Qu'on nous nourrisse, qu'on nous vêtisse, qu'on nous dise quoi faire de nous-même, que jamais nous ne connaissions l'âge d'homme. La récompense pour le mieux dressé, la sanction pour l'autre. Jusqu'à la tombe. C'est qu'il faut mériter sa pitance et ses loisirs, il faut mériter sa survie. Alors, qu'on nous évalue et qu'on nous note, que chacun reçoive selon les critères du mérite établis par la société, et la honte aux déméritants, l’opprobre aux Vendredis qui se demandent à quoi ça rime cette existence sans art ni beauté, sans cerf-volant qui flotte dans le ciel, sans la musique du vent à travers les arbres, sans la tiédeur du hamac tendu à l'ombre des palmiers. Malheur à ceux qui se demandent pourquoi nous nous laissons punir d'être venus au monde par la confiscation de notre vie ; pourquoi nous ne rions pas au nez du kapo.

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