Pour effrayer les populations, chaque société produit les monstres qu'elle peut. Mais l'épouvante n'est jamais plus efficace que lorsqu'elle prend les traits trompeurs du banal. Tremblez braves gens : le danger, comme le chat, est sur le paillasson. L'horreur niche à côté de chez vous, la férocité se dissimule sous le masque bonhomme de vos voisins ou de leurs filles. Heureusement que nos flics intrépides ouvrent l’œil et le bon !
C'est ainsi que de redoutables mais hypothétiques terroristes ont été récemment la cible des pandores à l'infaillibilité légendaire. Ces sournois individus, prêts à verser le sang innocent des bourgeois en l'honneur du grand Allah, sont... des gamines de quinze ou seize ans ! Hier on recherchait d'urgence deux collégiennes « radicalisées » et « susceptibles de quitter le territoire par tous les moyens » afin, pensait-on, d'aller en terre barbare suivre un stage de guerre sainte, lesquelles mômes, après une fugue dans la belle Haute-Savoie, sont rentrées rassurer leurs parents inquiets. Aujourd'hui, on arrête pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », quatre agitées des réseaux sociaux ayant formulé entre copines Facebook, un « projet intellectuel » d'attentat stupide.
Il n'est rien de plus terrible qu'une collégienne de quinze ans. C'est une femme en formation, or l'on sait depuis l'époque ardente des sorcières combien la femelle est traîtreusement associée aux puissances mauvaises du malin. C'est une lolita qui sous ses airs enfantins et son appareil dentaire dissimule les charmes ravageurs d'un sexe assoiffé de débauche. C'est une rêveuse hypersensible succombant trop facilement aux mâles influences. Et quand elle porte un nom maghrébin et/ou un voile sur ses cheveux, l'effet ravageur de la jeune femelle s'en trouve décuplé.
Remercions donc la glorieuse police et l'état d'urgence de protéger la population contre le péril des collégiennes de quinze ans. Et ne nous demandons pas pourquoi ces adolescentes rebelles croient trouver une réponse à leur juste questionnement sur le sens de leur vie dans une idéologie de mort qui est la négation-même de tout ce qu'elles aiment et de ce qu'elles sont. Notre société aurait-elle besoin d'elles uniquement sous les traits du monstre?