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Billet de blog 12 juillet 2015

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Les clous

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

 Mesdames et Messieurs les citoyens européens sont dorénavant avertis qu'ils doivent voter dans les clous. Sous peine de mort. Toute élection dont les résultats ne seraient pas conformes aux attentes des vrais-cons de l'Eurogroupe, sera sanctionnée par l'abandon de la population de mauvais votants, au dénuement, à la pénurie alimentaire, à l'absence de soins médicaux, à la privation de tout. Le crucifiement collectif, jusqu'à la chute du gouvernement légalement élu par le peuple.

Telle est la leçon que nous donnent depuis six mois les pères fouettards de la zone euro. On n'envoie plus les chars expliquer aux braves gens qu'ils se sont trompés, qu'ils ont mal compris la question : le vieux style, c'est fini. Aujourd'hui, plus moderne, on leur retire le fric, on bloque leur économie. Le résultat est le même, c'est l'écrasement par la souffrance, par la peur, par la mort s'il le faut, de la moindre tentative de révolte face au pouvoir odieux de l'argent, fût-elle par la voie pacifique et démocratique.

La belle fraternité des pays européens enfin réunis pour une paix durable dans des institutions qui les protègent, n'était qu'une vaste blague. La guerre est toujours là, sous une autre forme, aussi terrible. Les peuples de l'Europe ont laissé se constituer des instances supranationales qui montrent dans cette crise grecque leur vrai visage, celui de la dictature des intérêts des plus forts, celui du mépris absolu d'une poignée de technocrates envers les populations jugées ignorantes, manipulables et exploitables à merci, et privées de toute arme efficace de contestation.

Ainsi, il semble vain de se demander si Tsipras a trahi, s'il s'est couché, ou s'il tire en sous-main les ficelles d'une stratégie de haut vol. Il faudrait d'ailleurs en finir avec le culte de l'homme providentiel et du personnage historique : cet engouement pour une vedette, qui fait des électeurs une bande de midinettes vite enthousiastes et vite déçues. Nous savons que l'Eurogroupe ne sera satisfait qu'après avoir eu la peau du gouvernement grec élu et conforté par le référendum, parce qu'il ne lui convient pas. C'est ce que l'Allemagne appelle : regagner la confiance de l'Eurogroupe. Électeurs européens, votez pour un gouvernement agréé, sinon : des clous !

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