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Billet de blog 12 juil. 2016

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Peut-on critiquer Areva ?

La liberté d'expression ne s'use que si l'on ne s'en sert pas. Alors quand la multinationale française du nucléaire touche au droit d'informer et à la liberté d'expression en s'en prenant à un simple blogueur qui relaie un article critique, il est temps de crier : stop !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La censure © Granville, 1832

Marseillaise hurlée dans les bistrots, clameurs des foules réunies devant les écrans géants, klaxons victorieux zébrant longtemps le silence de la nuit de jeudi avant un dimanche de gloire évanouie. Les jeux du stade ont occupé l'espace, le temps et les esprits. Il paraît que si l'on n'aime pas ça, on n'a rien compris. Si l'on ne verse pas sa larme quand les klaxons tricolores se taisent avec la défaite, fait-on encore partie de ce qu'ils appellent la communauté nationale ?

Comment comprendre ? Que l'on puisse captiver toute une population, assujettir les cervelles à un tir réussi ou raté, détourner les gens de ce qui les concerne, avec un ballon. Ah, mais sans le foot, les multiples antennes de la propagande auraient trouvé autre chose ! Un autre dérivatif, un autre hochet distrayant les regards, un autre rêve de pacotille qui rapporte gros à ceux qui font profit du néant : le tour de France, les stars à la plage, un nouveau produit high-tech ou la campagne présidentielle. Pas de panique : les JO sont pour bientôt ; plus de temps de cerveau disponible cet été.

Pendant les divertissements organisés par les mafias du sport, on étouffe sans bruit la liberté d'expression. Ici, en France, le pays dit des Lumières, des droits de l'homme, etc. Qui sait combien de militants, d'activistes, de sympathisants ou de simples passants ont été ou sont encore interrogés par la police, jugés en comparution immédiate, condamnés, après avoir été arrêtés dans ou aux abords d'une manifestation, d'un rassemblement pacifique de Nuit debout ? Le nombre exact d'interdiction de manifester ? Le nombre de blessés par les grenades de désencerclement, par les gaz lacrymogènes, par les tirs de flashball, par des coups de tonfas, lors de ces manifs filtrées, encadrées, menées par des milliers de flics en tenue anti-émeutes et infiltrées de baqueux sur les dents ? L’État d'urgence ose tout, c'est à ça qu'on reconnaît un état d'exception. Mais on n'en parle pas, on en murmure à peine à la lisière des réseaux sociaux. Il y avait le match, il y a la grande boucle, il y aura les JO et la campagne présidentielle. La loi qui casse le code du travail est imposée au peuple par un décret autoritaire du gouvernement et sans motion de censure : ceux qui ne nous représentent pas ne voulaient pas perdre leur jeudi soir à l'Assemblée, il y avait match.

Responsable © DR

Le spectacle de démocratie a beau être mauvais, un public minoritaire fait encore semblant d'y croire un peu. Les simulacres de consultation des électeurs se jouent malgré tout, et les médias entre les mains d'une poignée de magnats du capitalisme et d'un appareil d'état servile aux intérêts de cette même caste, font semblant de prendre au sérieux les résultats de referendum bidons. Apparence de démocratie, qui ne trompe plus personne sans que rien pourtant ne change. En lieu et place de la véritable expression de chacun au service du débat collectif pour la définition d'un bien commun : le bavardage d'experts en menteries et les micros-trottoirs avec sélection des anonymes qui récitent docilement la leçon. Ça cause beaucoup, pour ne surtout rien dire dans la civilisation des éléments de langage et de l'image de marque.

L'étau se resserre tandis que les consciences, sans oser se l'avouer, sombrent doucement dans la peur : pas même celle lancinante du terrorisme mais celle, quotidienne, du patron, du petit chef, du chômage, de la police, d'un système judiciaire opaque au citoyen, de toutes les institutions et les grandes entreprises qui n'oublient pas que la trouille dictée aux populations est l'unique condition de leur survie. Et dans le ciel nuageux, s’entraînent les avions militaires pour la parade qui vient.

L'état policier a pris ses aises depuis qu'il a inventé l'état d'urgence permanent. Les bonnes gens sont priés d'avoir peur de leur ombre, des « migrants » et des « casseurs », de confier leur destin de victimes du terrorisme en sursis à la violente protection des forces du désordre, bras armés de l'économie qui les asservit, d'abandonner leur liberté contre une fausse promesse de sécurité et de se contenter de participer aux petites sauteries que l'état à la gentillesse d'organiser pour elles, ou fait organiser par des mafias amies, par de grandes entreprises à la générosité désintéressée, par des multinationales bienfaitrices de l'humanité. Amusez-vous librement entre les flics et les barrières : pour votre sécurité, on vous surveille !

Jean-Jacques MU © Sophie Leleu/ABC'éditions

Et surtout ne vous mêlez pas de la chose publique : on vous surveille de près. Les staffs d'avocats et de conseils juridiques des multinationales sont aux aguets. Internet libre ? Évidemment non. Un blogueur en fait aujourd'hui la douloureuse expérience. Areva, la multinationale de la saloperie nucléaire française, n'aime pas qu'on dise du mal d'elle sur les réseaux sociaux ou sur les sites participatifs. Elle rémunère une bandes de veilleurs à l'affût du moindre mot de travers et n'hésite pas à intenter un procès en diffamation même au plus modeste retraité. Jean-Jacques Mu, retraité sans appui, sans appartenance à aucun groupe ou parti, sans moyens d'assurer sa défense par avocat spécialisé, est attaqué en diffamation par le mastodonte radioactif. Pour quel colossal délit ? Avoir relayé sur son blog hébergé par Mediapart, pendant 24 heures, un article critique de la Coordination Anti-Nucléaire (CAN) du Sud-est ! Pas un mot du blogueur dans les propos incriminés par la susceptible multinationale. Areva aurait pu utiliser le droit de réponse qu'autorise le site participatif comme l'ont fait les huit commentateurs de l'article relayé. Que nenni ! Areva, la super-entreprise aux six milliards d'euros d'endettement (ou plus?) préfère tenter de se refaire en traînant au tribunal un blogueur sans le sou pour quatre phrases* qu'il n'a pas écrites et qu'il a retirée de son blog dans les vingt-quatre heures. Bien essayé ! On verra quelle sera la décision de la chambre correctionnelle le 30 août 2016, à l'issue de l'audience qui devra fixer la recevabilité de la plainte de la géante Areva contre Jean-Jacques MU qui osa relayer sur son blog de l'information antinucléaire.

Dans un tel contexte de restriction de la liberté d'expression, les enjeux sont de taille, non seulement pour ce blogueur, mais pour tout ceux et celles qui, se croyant encore en démocratie relaient des articles qu'ils ou elles trouvent suffisamment intéressants et sérieux pour être diffusés sur leurs blogs.

Qu'en est-il du droit d'informer ? Du droit de chaque citoyen à dire publiquement ce qu'il pense sur les agissements d'une multinationale telle qu'Areva ? Du droit de critiquer les décisions politiques et les compromis entre les convictions proclamées de certains élus et les intérêts des multinationales toujours pleines de fric, même lorsqu'elles frôlent la faillite ? Du droit à manifester et à ouvrir sa gueule pour crier haut et fort que de cette société qui programme la perte de la planète et de l'humanité, on n'en veut pas ?

Laisserons-nous la liberté d'expression se réduire à la possibilité, offerte aux citoyens mais sous contrôle, de commenter jusqu'à la nausée le dernier match de foot ?

Pour soutenir Jean-Jacques MU face à Areva, on s'inscrit sur le réseau de soutien à l'adresse : contact.soutien.jjmu@gmail.com

A lire aussi : areva-vs-jjmu-reponse-mes-amis-qui-me-conseillent-un-avocat

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