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Billet de blog 14 janvier 2026

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Gang de vieillards

Ils jouent au golf, inaugurent les chrysanthèmes, se font acclamer par la foule ou huer qu’importe, mais ils ont compris la leçon de l’histoire : pour durer, ne jamais en rabattre sur la cruauté, la violence, l’impudence, jusqu’au bout, avoir un pied dans la tombe, certes, mais s’appuyer dessus pour y jeter les autres.

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Au quatrième chapitre de son décapant Fascisme ordinaire, le réalisateur soviétique Mikhaïl Romm nous engage à aller voir ce qui intéressait les actualités cinématographiques au moment où Hitler prend le pouvoir, devenant chancelier d’Allemagne à la barbe du vieux Hindenburg.

Le film est un montage d’archives où l’on voit le roi d’Angleterre, vieillard en haut de forme, cousin du tsar Nicolas II mais « toujours vivant » ; l’ex-roi d’Espagne à figure de benêt ; le roi de Norvège, encore un vieillard baptisant un navire ; la reine des Pays-Bas qui descend de son de son énorme yacht d’une démarche mal assurée ; le roi de Suède, vieillard mince et élégant, jouant au tennis « pas mal pour un homme de son âge » ; l’ex-empereur Guillaume II, un vieillard accompagné qui nourrit de pain sec des canards ; Clemenceau, grand vieillard gâteux qu’on surnommait le Tigre, le président Lebrun et toute sa famille, grand-père bonhomme qui fait sauter sur son genou un de ses petits-enfants en pointant de l’index la caméra.

« Voici les figures majeures de la politique à l’Ouest, qui croyaient qu’Hitler au pouvoir pratiquerait une politique modérée », dit en voix off Mikhaïl Romm. Cohorte de vieillards, de bourgeois rances et d’aristocrates fin de race que l’habile montage envoie balader d’un coup de portière de voiture s’ouvrant sur Hitler qui se dépouille énergiquement de sa gabardine d’homme ordinaire pour monter les marches de l’Opéra en uniforme nazi avec, sur la manche, une svastika crevant l’œil. Des vieillards, il y en a aujourd’hui à la tête des dites grandes puissances, des hommes qui défient les limites de l’espérance de vie, agrippant entre leurs mains ensanglantées des armes atomiques.

Ils jouent au golf, inaugurent les chrysanthèmes, se font acclamer par la foule ou huer qu’importe, mais ils ont compris la leçon de l’histoire : pour durer, ne jamais en rabattre sur la cruauté, la violence, l’impudence, jusqu’au bout, avoir un pied dans la tombe, certes, mais s’appuyer dessus pour y jeter les autres.

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