La bonne vieille schlague, jamais besoin de l'astiquer : elle est inaltérable. C'est l'instrument traditionnel de la modernisation outragée. La réforme, cette machine à casser les acquis, il faut qu'elle entre dans les crânes de gré ou de force. Soumission directe ou écrabouillage préalable : comment tu le veux, ton coup de pied au cul ? Choisis. Tu es libre, encore heureux en démocratie. Mais si tu résistes : la schlague. Il faut bien se défendre.
Le grand bond en avant du retour en arrière sur la protection des travailleurs contre l'appétit infini des gras patrons et actionnaires : c'est la modernisation de l'économie dans la compétition globale. Fi de l'archaïque droit du travail et de la lutte des classes, ce vieux machin qui sent son dix-neuvième siècle. Il n'y a plus de lutte puisqu'elle est gagnée par les puissances du fric : la réforme ! Il n'y a plus de lutte puisque nous sommes tous des consommateurs : la réforme! Sors ton balai camarade, et nettoie-moi ces vieux restes de syndicalisme poussiéreux qui font désordre dans le monde merveilleux des profits. Pouah ! C'est qu'ils seraient violents, ces cochons-là : ils grognent ! Ils s'en prennent même aux chemises ! On a les vidéo, les photos, les portraits robots des terroristes qui mettent des bâtons dans les roues du char de la compétitivité ! Vite, la schlague sur ces salauds de futurs chômeurs ! Qu'on les coffre dès six heures du matin. Maintenant tu peux ouvrir grand ta gueule, camarade, et tirer la langue : c'est pour le prélèvement d'ADN.