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Billet de blog 13 décembre 2015

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Iconoclastie

Levez les brumes, ô vous les vivants...

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Illustration 1
Judith Scott enlaçant une de ses sculptures © DR

Anéantir nos idoles. Nul besoin de masse d'armes ni d'explosifs. Les braises ardentes et les flammes du bûcher sont inutiles. Nos saints fétiches ont l'inconsistance des brumes voilant la vacuité de notre survie.

Les écoliers rient de la naïveté des vieux nègres : ils découvrent que les africains échangeaient leurs splendeurs contre une poignée de cauris. Des coquillages ramassés sur la plage ! Mais qu'est-ce que notre argent ? Certains le croient d'or, ce métal arraché à la terre. Mais non, pas même. Notre monnaie n'est rien. Les enfants ne rient plus.

Les marchandises et leur universelle célébration. La planète étouffe sous le poids de leur obsolescence. Produire-détruire. L'humain-marchandise aussi, un produit-détruit. Combien tu pèses ? Combien tu vends ? Ta cote dans le classement de ceux qui comptent. Celui-ci se fout de tout, sinon de son art : il aura le rien qu'il mérite. Et celui-là ne vaut pas même qu'on prononce son nom.

Les frontières sont ces lignes imaginaires que la guerre trace avec le sang des populations. Il faut la force assassine des fusils et la dureté d'un mur, pour faire croire à la réalité de ce fantasme policier de la nationalité. Né par hasard ici ou là, on risque la mort pour un papier tamponné. Milliers de migrants noyés et parmi eux combien d'enfants ? Apatride, ce beau mot qu'ils lancent comme une insulte, je le voudrais pour moi.

Le travail trouve en son étymologie les raisons de son imposition : torture, éternelle punition pour le cadeau d'une venue au monde que nul n'a demandée. Tâches aussi bureaucratiques que vaines, dont on accable celui qui a étudié. Labeur harassant et mortifère pour qui n'a pas eu cette chance. On dit qu'il y aurait des chômeurs ? Mais non. Une part de la population est plongée dans la précarité et la pauvreté afin d'effrayer l'autre : son travail, sa torture. Sans emploi, sans papier, sans abri : la souffrance des uns utilisée pour le maintien de l'ordre, pour la soumission de tous.

Il est d'autres idoles encore. Les vieille lunes religieuses, jamais éclipsées tant que le croyant défunt ne reviendra pas d'entre les morts déclarer que toutes ces promesses de paradis ou menaces d'enfer ne sont que mensonges. Le pouvoir pour lequel certains sont prêts à se nier, à se renier sans éprouver la honte. Le pouvoir, entouré de larbins, qui s'arroge le droit de décider pour autrui, qui désigne ceux qui seront libres et ceux qui seront enfermés, qui finit par croire à la fable de sa propre supériorité à force d'en convaincre les malheureux qui l'écoutent encore.

Cette certitude, maintes fois redite, sonnant aussi faux qu'une cloche fêlée, qu'à tout cela on ne peut rien changer. Qu'il faut se résigner.

Et pourtant, la vie...

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