Quatre-vingt-onze

Ce matin, au mitan du mois d’août, on annonce la quatre-vingt-onzième femme tuée. En moyenne une tous les deux jours depuis le premier janvier. Quatre-vingt-onze femmes mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en deux cent vingt-six jours. Ce sont les chiffres pour la France, dans leur froideur statistique.

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Ce matin, au mitan du mois d’août, on annonce la quatre-vingt-onzième femme tuée. En moyenne une tous les deux jours depuis le premier janvier. Quatre-vingt-onze femmes mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en deux cent vingt-six jours. Ce sont les chiffres pour la France, dans leur froideur statistique.

Colère, tristesse, indicible exaspération mais surtout impatience. Il faut que ces meurtres de femmes cessent, immédiatement. Nous sommes toutes concernées.

Trop peu d’entre nous se sentent totalement protégées de telles violences. Au présent, dans son passé, dans son avenir incertain, chaque femme sait qu’elle aurait pu être ou pourrait être sur la liste sans cesse allongée des féminicides. Non, ça n’arrive pas qu’aux autres, il s’agit bien de nous toutes.

Tuées, pas sous les coups d’un inconnu, pas au hasard d’une mauvaise rencontre au coin de la rue. Mais par un conjoint, un ex conjoint, et souvent après des violences répétées, souvent après que les victimes de ces violences ont porté plainte ou tenté de le faire. Ces assassinats étaient donc évitables. Tous et toutes sont complices qui ne les ont pas empêchés.

Ordinairement, mentionner ces féminicides, rappeler les chiffres, énoncer la réalité des faits, appelle en commentaires les dénégations de certain·es, les minimisations insupportables, les comparaisons hypocrites. « Oui, mais », ose-t-on rétorquer jusque devant les cadavres. Et, sans même rien savoir, l’on cherche des circonstances atténuantes au meurtrier, on décortique le mot féminicide pour l’annuler, on disserte sur l’éternel féminin et l’impulsivité masculine, on dénonce la prétendue agressivité de certaines femmes, on affirme de fausses généralités en arguant de la psychanalyse mal digérée, de la dictature des féministes, de la vaginocratie ou de je ne sais quelles bêtises. Ainsi, l’on renverse les positions, et très vite les victimes deviennent les assassines, c’est comme si elles s’étaient tuées elles-mêmes. On entend ces propos sortir de la bouche de femmes aussi, glorifiées pour leur soi-disant indépendance d’esprit par des hommes qui n’apprécient pas qu’on les mettent mal à l’aise en rappelant que les féminicides sont une réalité. La violence patriarcale retombe sur ses pieds, blanchie, et peut continuer à fouler le corps des femmes, l’esprit des femmes, l’existence des femmes, à prendre leur vie.

C’est tuer une deuxième fois celles qui sont mortes que ne pas se déclarer solidaire, absolument.

C’est tuer une deuxième fois celles qui sont mortes que ne pas dénoncer chacun de ces assassinat, absolument.

C’est accepter que nos mères, nos sœurs, nos amies, nos voisines, nos copines, nos collègues... figurent parmi les victimes ou soient les prochaines sur la liste sanglante que ne pas exiger des actions immédiates, fortes, des moyens à la mesure des faits, et pas seulement une gentille réunion et de la communication.

Se taire, c’est accepter d'être la prochaine victime, alors il faut crier, hurler de mille et d'une même voix :

Plus une seule !

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