Costume-cravate

Selon les derniers sondages d'une opinion déboussolée, nos compatriotes seraient nombreux à songer glisser prochainement dans l'urne un bulletin pour le costume-cravate.

Egon Schiele, dessin (détail) Egon Schiele, dessin (détail)

En avoir ou pas. Il distingue l'homme de la femme et des autres untermenschen. Il élève la racaille désœuvrée à la dignité du gars qui pèse, et puisque de tout temps l'habit fait le moine, il t'en faut un pour être un mec bien : le costume-cravate.

Selon les derniers sondages d'une opinion déboussolée, nos compatriotes seraient nombreux à songer glisser prochainement dans l'urne un bulletin pour le costume-cravate. Dans les gazettes, on suggère sans rire que seul le vote costume-cravate pourrait renverser la tendance bleue marine. Costume-cravate président vaudrait mieux que l'uniforme nazi relooké. Toute la campagne électorale se résume à ce parler chiffons.

Bosser soixante-dix heures par semaine pour le gain d'à peine un smic : qu'importe la sueur, du moment qu'elle coule dans un costume-cravate. C'est ce que les négriers d'autrefois n'avaient pas compris : un costume-cravate par tête d'esclave et c'est non sans fierté que la main d’œuvre à très bon marché s'use volontairement le tergal au profit du béké. Toi y'en a travailler travailler travailler et toi y'en a te payer le même costard que moi toubab (ou presque), explique avec conviction le futur président en costume-cravate qui sait parler d'avenir aux garçons des quartiers populaires.

Non, ça sera pas le costume en peau du cul à la mode Fillon. Ce dernier ne s'achète pas avec de la sueur mais avec des amis choisis. C'est déjà bien beau de retrouver sa dignité, les ex-chômeurs en tee-shirt doivent rester à leur place de chauffeur en costume-cravate bas de gamme. Qu'importe le larbinat pourvu qu'il soit autoentrepris. Les nouveaux autoentrepreneurs auront toujours gagné à crédit une bonne cravate pour se pendre quand ils ne pourront plus régler leurs taxes et les traites pour la bagnole, ni à manger pour leurs mômes.

Il est loin le temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, celui où les jeunes rejetaient le costume-cravate, cet odieux symbole du patronat, de l'aliénation petite-bourgeoise et de la soumission mortifère au contrôle social. Et les mauvaises langues prétendent que le candidat Macron n'a pas de programme ! Tout est écrit dans le catalogue automne-hiver de l'homme-chic.

 

 

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