Renaissance

Grande nappe blanche bien tirée sur la boue du charnier. Souci d’une propreté impeccable. Tenue exemplaire de rigueur. Rien ne fait tache au banquet des salauds.

noir

Grande nappe blanche bien tirée sur la boue du charnier. Souci d’une propreté impeccable. Tenue exemplaire de rigueur. Rien ne fait tache au banquet des salauds. Leurs souliers aux semelles de sang brillent comme leurs petites dents blanches, luisant dévoilé du sourire. L’oreille est beurre frais et la truffe mouchée. Les cranes reflètent le soleil. Ne brille plus que pour eux l’auréole. Astre d’or, cuisant mortel, par-dessus l’ozone éventré. Des larbins sortent la vaisselle qui casse avec les verres à pied. Uber les paiera peu ou pas : rassasié d’honneur, Jojo mettra ça sur son CV.

Les imposteurs mangent rare et chic. Vivre de nectar et d’ambroisie, mais bio. Ils gobent des bulles d’air pur et autres mets transparents. Jamais ils ne chient : tout garder c’est la base.

Tendance bleue. Du bleu partout, azur ou horizon insinuant marine. Grande nappe blanche étalée sur les restes pourrissants des noyés, des morts du travail ou de la rue, des femmes tuées d’être femmes, des Noirs crevés d’être Noir, des Arabes et de tous les pas invités au blanquer des salauds. Yeux crevés, mains déchirées, langues arrachées. Sang le rouge en marge du drapeau national, juste au bord qui s’effiloche. Tire mieux la nappe, Christophe, y’en a de pas tout à fait suicidés. Quand un cadavre bouge, un coup de talon le rappelle à la loi. Tire encore la nappe, Christophe, le gaz part et pue c'est pour défendre la liberté d'expression. Mais ça commence à percer, l’odeur du charnier sous les louboutins. Faites entrer les écoliers, ils chanteront des fables pour la diversion.

Moucav, le président va parler ! Sourire face caméras. Le temps s’étire à l’infini comme un ciel d’affiche électorale d’avant greenwashing. Retransmission en continu sur les chaînes qui enchaînent. Dans tous les cafés, la bouche présidentielle mime le langage sur BFM sans le son. Les spécialistes commentent syntagmes et sous-syntagmes, décryptage syllabique du complexe pour les nuls.

Ne pas paraître à sa fenêtre sous peine de mort naturelle. Interdiction formelle de se mettre à genoux les mains sur la nuque sans y être invité par les forces de l’ordre. Voilà un peuple qui se tient bien sage ! C’est qu’ils ont clamsé, patron. Viva la muerte! Faut que ça dure alors et qu’ils fassent des enfants. Et s’ils ouvrent encore la gueule, qu’on leur lance des pavés en guise de pain.

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