Juliette Keating
Abonné·e de Mediapart

1040 Billets

4 Éditions

Billet de blog 16 juin 2016

Dans la nasse

Il n'y avait pas que les « casseurs » pris dans la nasse à Duroc. Mais tout un bel échantillon de cette population qui ne supporte plus qu'on lui mente. Population de France et d'ailleurs, tant la lutte émancipatrice ne doit pas plus connaître de frontières que le capitalisme oppresseur, venue manifester mardi à Paris son rejet d'une loi antisociale et d'un gouvernement qui piétine la démocratie.

Juliette Keating
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Éditorialistes exerçant leur liberté d'expression face à l'actionnaire impartial

Non, il n'y avait pas que les « casseurs » pris dans la nasse à Duroc. Mais tout un bel échantillon de cette population qui ne supporte plus qu'on lui mente. Hommes et femmes, syndiqués ou non, jeunes et vieux. Population de France et d'ailleurs, tant la lutte émancipatrice ne doit pas plus connaître de frontières que le capitalisme oppresseur, venue manifester mardi à Paris son rejet d'une loi antisociale et d'un gouvernement qui piétine la démocratie. Non, il n'y avait pas que ces êtres « capuchonnés de noir », fantômes « violents » et « déshumanisés » dont la presse aux ordres aime à grossir ses titres pour effrayer le bourgeois. Et à celui dont je n'ai vu du visage que les yeux sous des lunettes en plastique et qui, m'ayant légèrement bousculée dans le tohu-bohu du boulevard des Invalides, s'est confondu en excuses et en « ça va madame ? » comme si j'étais un vase de porcelaine posé au milieu d'un champ de bataille, je dis : tout va bien car, ici, qui protège l'autre ?

À la demande du sinistre de l'intérieur qui voudrait tant que les gentils manifestants obéissant à « l'ordre républicain » se « désolidarisent » des méchants « casseurs » pour laisser les cognes taper sur ces jeunes sans témoins dérangeants ni trop de victimes embarrassantes, je réponds : non, je reste parmi eux car là est ma place, « en marge » disent les commentateurs appointés par leurs patrons marchands d'armes ou hommes d'affaires, en marge c'est-à-dire au cœur. Nous étions nombreux.

Le verre brisé des vitrines souffre-t-il autant que les hommes et les femmes aux vies brisées par la crise financière que les États font payer aux populations qui en sont pourtant les victimes ? On le dirait tant on le dorlote ce verre securit, tant les éditorialistes sont pour lui aux petits soins. En cas d'urgence, briser la glace : il y a urgence sociale, démocratique, à arrêter une loi qui rogne encore les droits des travailleurs, à en terminer avec l'état d'urgence limitant les libertés individuelles, à faire tomber un pouvoir qui est entièrement dans les mains des néolibéraux. Banques, assurances, panneaux publicitaires en miette. Les cibles attirant le marteau brise-glace sont clairement identifiées, ce sont des symboles du capitalisme, elles n'ont rien à voir avec un hôpital. Courbé sous un nuage de gaz, un homme donne un grand coup de pied dans la porte d'un immeuble. Aussitôt les autres l'arrêtent : non, pas ça. Et nous restons à crachoter devant la porte close, à partager le sérum physiologique et les compresses qui essuient le sang des blessures aux jambes causées par les grenades de désencerclement, les brûlures des lacrymo. Bloquée par les flics, pendant une longue heure "nassée" à Duroc, avant que le barrage enfin ne cède, je vois la lance du canon à eau balayer la foule de l'autre côté de la rue de Sèvres, je sursaute aux détonations des grenades assourdissantes, je marche sur un tapis de plots de caoutchouc et autres bidules de flicaillerie et quelques éclats de bitume. On parle autour de moi d'une manifestation énorme. On s'alarme d'un blessé très grave, dans le cortège, plus haut.

 Dès le soir, sur les ondes, ils ne parlent que de la violence faite aux vitres securit, de l'hôpital Necker « dévasté », et d'une mobilisation en baisse. Ils ne rapportent que les paroles abjectes de gouvernants aux abois. Comment se débarrasser des chiens de garde du vallsisme ?

Bois de Vincennes. A quelques mètres de l'Université perdue © JK

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Social
Lidl : les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Social
Conditions de travail : la souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Politique
Zemmour : quand le candidat parle, ses militants frappent
À Villepinte comme à Paris, des antifascistes se sont mobilisés pour ne pas laisser le premier meeting d’Éric Zemmour se tenir dans l’indifférence. Dans la salle, plus de 10 000 personnes s’étaient réunies pour l’entendre dérouler ses antiennes haineuses, dans une ambiance violente.
par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Journal — Politique
En marge du meeting de Zemmour, des habitants de Seine-Saint-Denis fustigent « sa politique remplie de haine »
Éric Zemmour a tenu le premier meeting de sa campagne présidentielle dans un département qui représente tout ce qu’il déteste. Cibles quotidiennes des injures du candidat d’extrême droite, des citoyens de Villepinte et des alentours témoignent.
par Hannah Saab (Bondy Blog)

La sélection du Club

Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie
Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B