Dans la nasse

Il n'y avait pas que les « casseurs » pris dans la nasse à Duroc. Mais tout un bel échantillon de cette population qui ne supporte plus qu'on lui mente. Population de France et d'ailleurs, tant la lutte émancipatrice ne doit pas plus connaître de frontières que le capitalisme oppresseur, venue manifester mardi à Paris son rejet d'une loi antisociale et d'un gouvernement qui piétine la démocratie.

Éditorialistes exerçant leur liberté d'expression face à l'actionnaire impartial Éditorialistes exerçant leur liberté d'expression face à l'actionnaire impartial

Non, il n'y avait pas que les « casseurs » pris dans la nasse à Duroc. Mais tout un bel échantillon de cette population qui ne supporte plus qu'on lui mente. Hommes et femmes, syndiqués ou non, jeunes et vieux. Population de France et d'ailleurs, tant la lutte émancipatrice ne doit pas plus connaître de frontières que le capitalisme oppresseur, venue manifester mardi à Paris son rejet d'une loi antisociale et d'un gouvernement qui piétine la démocratie. Non, il n'y avait pas que ces êtres « capuchonnés de noir », fantômes « violents » et « déshumanisés » dont la presse aux ordres aime à grossir ses titres pour effrayer le bourgeois. Et à celui dont je n'ai vu du visage que les yeux sous des lunettes en plastique et qui, m'ayant légèrement bousculée dans le tohu-bohu du boulevard des Invalides, s'est confondu en excuses et en « ça va madame ? » comme si j'étais un vase de porcelaine posé au milieu d'un champ de bataille, je dis : tout va bien car, ici, qui protège l'autre ?

À la demande du sinistre de l'intérieur qui voudrait tant que les gentils manifestants obéissant à « l'ordre républicain » se « désolidarisent » des méchants « casseurs » pour laisser les cognes taper sur ces jeunes sans témoins dérangeants ni trop de victimes embarrassantes, je réponds : non, je reste parmi eux car là est ma place, « en marge » disent les commentateurs appointés par leurs patrons marchands d'armes ou hommes d'affaires, en marge c'est-à-dire au cœur. Nous étions nombreux.

Le verre brisé des vitrines souffre-t-il autant que les hommes et les femmes aux vies brisées par la crise financière que les États font payer aux populations qui en sont pourtant les victimes ? On le dirait tant on le dorlote ce verre securit, tant les éditorialistes sont pour lui aux petits soins. En cas d'urgence, briser la glace : il y a urgence sociale, démocratique, à arrêter une loi qui rogne encore les droits des travailleurs, à en terminer avec l'état d'urgence limitant les libertés individuelles, à faire tomber un pouvoir qui est entièrement dans les mains des néolibéraux. Banques, assurances, panneaux publicitaires en miette. Les cibles attirant le marteau brise-glace sont clairement identifiées, ce sont des symboles du capitalisme, elles n'ont rien à voir avec un hôpital. Courbé sous un nuage de gaz, un homme donne un grand coup de pied dans la porte d'un immeuble. Aussitôt les autres l'arrêtent : non, pas ça. Et nous restons à crachoter devant la porte close, à partager le sérum physiologique et les compresses qui essuient le sang des blessures aux jambes causées par les grenades de désencerclement, les brûlures des lacrymo. Bloquée par les flics, pendant une longue heure "nassée" à Duroc, avant que le barrage enfin ne cède, je vois la lance du canon à eau balayer la foule de l'autre côté de la rue de Sèvres, je sursaute aux détonations des grenades assourdissantes, je marche sur un tapis de plots de caoutchouc et autres bidules de flicaillerie et quelques éclats de bitume. On parle autour de moi d'une manifestation énorme. On s'alarme d'un blessé très grave, dans le cortège, plus haut.

 Dès le soir, sur les ondes, ils ne parlent que de la violence faite aux vitres securit, de l'hôpital Necker « dévasté », et d'une mobilisation en baisse. Ils ne rapportent que les paroles abjectes de gouvernants aux abois. Comment se débarrasser des chiens de garde du vallsisme ?

Bois de Vincennes. A quelques mètres de l'Université perdue © JK Bois de Vincennes. A quelques mètres de l'Université perdue © JK

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