Liberté au Macronistan

Loin, très loin de ces contrées autoritaires gouvernées d’une main de fer par un despote arrogant, le Macronistan est un havre de douceur démocratique. Le mot liberté est gravé au burin sur le fronton pierreux des hôtels de ville, c’est dire si l’on y tient.

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Loin, très loin de ces contrées autoritaires gouvernées d’une main de fer par un despote arrogant, le Macronistan est un havre de douceur démocratique. Le mot liberté est gravé au burin sur le fronton pierreux des hôtels de ville, c’est dire si l’on y tient.

Tous les cinq ans, les heureux habitant.es ont la liberté de choisir leur chef suprême qu’iels appellent président et tout aussi librement les représentants du peuple qu’iels appellent godillots. La chose démocratique est si bien pensée, qu’il suffit que s’exprime une toute petite partie des votant.es pour que le meilleur emporte les élections. Alors, le chef élu règne au palais, avec sa femme et sa bande de copains et de copines, dans l’unique intérêt de la population.

Il arrive toutefois que ce berceau des droits de l’homme bruisse de têtus grognements. Les habitant.es, qui ont bu tout petiot.es le lait de la liberté, font les gaulois.es réfractaires et ne veulent pas comprendre les justes réformes imaginées pour leur bonheur par leur chef suprême et ses copains banquiers. Le président a beau seriner que c’est pour son bien et l’égalité et la fraternité entre tous les enfants de la patrie, la population ne voit qu’enfumage, destruction d’acquis et spoliation des richesses collectives. Les habitant.es patachonnent dans leur tête, et ça peut durer longtemps.

En ces périodes agitées, la liberté n’est pas oubliée au Macronistan. La population a l’autorisation de manifester son incompréhensible mauvaise humeur très librement. Le président et son ministre de la police ont a cœur d’assister les ronchons dans la libre expression de leur imbécile mécontentement. Sous son grand képi blanc, le chef de la milice a tout bien pensé pour que la manifestation des récalcitrants se déroule en toute sécurité à leurs risques et périls. Les syndicalistes bornés et leurs sympathisant.es idiots, ont la liberté de marcher du point A au point B, sous le regard panoptique de deux drones bienveillants et étroitement dorloté.es par quatre rangs de policiers en armures et armés de tout un petit matériel à bien-être : fusil d’assaut, matraque, lanceur de balles de défenses, bombes de gaz lacrymogène, grenades de désencerclement.

Si un.e opposant.e est déséquilibré.e en posant le pied sur un pavé branlant ou en ramassant son téléphone, aussitôt quatre gens d’armes viennent à son secours et lui caresse le crâne d’un coup de tonfa prompt à remettre d’aplomb l’égaré.e en l'envoyant à l'hôpital. Si un.e dissident.e crie un peu trop fort, pour lui épargner une rupture des cordes vocales, les gentils agents jettent sans hésiter une bonne dose de gaz poivre modérant les décibels et dégageant le nez. Si les manifestant.es s’obstinent à manifester, les forces qui aiment l’ordre en éborgnent diligemment quelques un.es pour faire bien voir à tous que la liberté de contester s’arrête là où commence celle du chef à décider tout seul. En quittant la manifestation, ordre de décoller ses stickers à slogan et d’ôter son gilet jaune, aboie délicatement un autre rang de flics qui contrôlent entrées et sorties dans le scrupuleux respect de la liberté d'expression et de circulation.

Le chef suprême du Macronistan est patient avec celleux qui abusent de leur liberté à grognonner. Mais pour accélérer l’accès de tous au bonheur, il fait bien vite passer la réforme bienfaitrice devant les godillots qui la votent librement contre l’intérêt de celleux qui les ont élus. À moins que, très très pressés de faire contre son gré le bien du peuple, le président et ses copains l’imposent à tous et toutes par ordonnances. Au Macronistan, on est toujours en état d'urgence quant il s'agit de la félicité générale.

Et tout cela se répète, jusqu’aux prochaines élections. Liberté, liberté chérie apprennent à chanter en chœur les enfants des écoles, et qu’un sang impur abreuve nos sillons.

 

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