Montreuil. Familles Roms expulsées : disparaissez !

Treize familles Roms expulsées de leurs habitations du boulevard de la Boissière vivent et dorment à la rue depuis le 28 juillet. Aucune solution de relogement n'a encore été trouvée ni par la Mairie, ni par la Préfecture, ni par le Département pour ces dix-neuf enfants et leurs parents que les pouvoirs publics aimeraient tant voir disparaître.

Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski

Disparaissez ! L'injonction n'a jamais été clairement énoncée et pourtant on entend hurler l'ordre derrière chaque mot prononcé par les flics en mission qui leur demandent de partir. Partir où ? Partir ailleurs. Partir n'importe où mais ne pas rester là, devant la mairie, tellement visibles le long du théâtre où les familles Roms expulsées avaient installées des tentes et vivotaient à peu près au calme depuis quelques jours mais sous le nez des braves gens qui rentrent de vacances. Trois semaines d'errance à travers la ville, c'est long. Trop long pour la police et les pouvoirs publics qui sont las de ce problème de Roms. Alors, qu'ils disparaissent, ces dix-neufs enfants avec leurs parents, et qu'on n'en parle plus !

Lundi 15 août, une exposition improvisée des dessins de Damien Roudeau qui suit ces familles depuis des années dans leur si difficile parcours pour être acceptées dans une société qui les rejette, avait égayé la place Jean Jaurès. Les familles Roms étaient heureuses de renouer avec leur histoire, et les jeunes adultes de se voir grandir à travers le travail de l'artiste : exister enfin, laisser des traces qui durent. Mais le lendemain, voici les voitures de police et les fonctionnaires voulant arracher les œuvres disposées sur un fil, ordonnant aux familles de quitter la place, embarquant leurs affaires prestement lancées dans une benne de la voirie, d'où il a fallu les ressortir. La dalle passée au jet : place nette. Damien Roudeau a collé ses grands dessins sur le mur qui jouxte le théâtre : ils sont partis mais ils sont encore là, les Roms de la Boissière.

Disparaissez ! La demande, instante, répétée, est d'une violence extrême. Je ne sais ce que produit dans le psychisme de quelqu'un cette certitude d'être partout en trop, jamais à sa place. Cette évidence que sa propre disparition est tant désirée par tant de gens, que cette existence qui lui a été donnée provoque autour de lui tant de haine et de rejet. Je ne sais ce que c'est que d'être la victime permanente d'une discrimination : c'est que je suis née du bon côté de l'horreur, et j'ai du mal à m'en contenter. Mais les enfants continuent à rire, à jouer. Une pédiatre est passée les voir hier, juste avant leur expulsion : ils vont plutôt bien, malgré des conditions d'existence inacceptables. Petites forces de vie. Aujourd'hui, le bébé prématuré a quatre mois, dont trois semaines passées dans la rue.

De nouveau faire les sacs et vite. Plier les tentes en urgence. Puisqu'il faut partir. Encore l'exode dans les rues de Montreuil. Marianne qui les soutient avec une détermination sans faille, a une petite voiture rouge : on la bourre à craquer, on ficelle des matelas sur le toit. Deux hommes rentrent du boulot : ils sont mécaniciens. Ils découvrent la place vide. Patricia leur explique où sont leur femme et leurs enfants. Leur regard est triste et colère. Le plus vieux soupire : c'est la vie. Non, la vie ce n'est pas cela, cette humiliation perpétuelle ce n'est pas une vie. Les familles vont passer la nuit dans un square, à l'écart des yeux sensibles des bourgeois et de leur maire : le problème des Roms glissé sous le tapis. Qu'on les oublie dans un coin, qu'enfin ils disparaissent !

Ce square est un bien fragile abri. Le voisinage d'abord hostile se laisse convaincre, pour une nuit. Un homme bienveillant arrose le jardin partagé. Il propose aux familles l'accès à l'eau, aux toilettes. Des amis apportent un grand couscous. Mais comment profiter de l'été, de la douceur du soir, des roses trémières qui penchent doucement leurs tiges quand on ne sait ce qui adviendra le lendemain matin, quelle forme prendra l'injonction à disparaître ? Hommes et femme débattent longuement. Liliana Hristache, de l'association Rom réussite, est toujours là, avec eux, inaltérable malgré la fatigue. Elle ne renonce pas. Ils ne renoncent pas, à quelques jours de la rentrée scolaire : il leur faut une « maison », un hébergement d'urgence. Ou juste un petit terrain, avec un peu d'ombre et de l'eau pas trop loin. Juste un petit terrain et un bail, même précaire.

Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Damien Roudeau - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Damien Roudeau - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Marianne, Sandrine et Christophe - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Marianne, Sandrine et Christophe - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Meda et Alberto - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Meda et Alberto - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Latifa et Diana - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Latifa et Diana - Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski
La nuit tombe à Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski La nuit tombe à Montreuil - 16 août 2016 © Gilles Walusinski

 

 

 

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