Dream different

La foule descendue des dortoirs converge. Ils marchent côte à côte, d'un pas rapide, régulier, presque mécanique. Nul ne s'attarde à l'étal fumant du marchand de soupe. Les figures identiques affichent un sourire de façade sous le masque qui occulte les bouches. Devant les grilles, les gardes veillent, casqués. Le soleil baigne la vaste usine d'une lumière d'or rouge. Ils sont à leur poste, tout enveloppés de blanc sous les néons, aux cosmonautes pareils. Elles, revêtues d'un uniforme rose, impeccable, les cheveux sous la coiffe, les mains gantées et toujours ce masque leur dissimulant la moité du visage. Je vois les mains alignées à l'infini, les milliers de doigts sous l'étoffe blanche saisissent le boitier, le retournent, le reposent sur le tapis noir, qui glisse lentement. Je vois défiler les appareils : malgré mes efforts considérables, je ne peux en saisir aucun. Sueurs froides. Un corps pourtant léger se jette d'une tour mais ne s'envole pas. Le mouvement ralentit, le tapis s'enraye, repasse le même appareil devant la même ouvrière, les mains à nouveau inspectent, reposent. Les regards pétillent dans les fentes au-dessus des masques de fatigue. Le corps mince, dans une flaque rouge, git sur le trottoir. Le tapis roulant s'affole. L'un après l'autre, les appareils disparaissent inexorablement dans une caisse vaste comme un tombeau. Le surveillant hurle, je suffoque. Je me réveille au milieu de la nuit, affolée. Mais ce n'est rien, rien qu'un stupide cauchemar. Il est bien là, tout près de moi. Je caresse du bout des doigts sa douceur extrême. Je lui souris. Mon nouveau téléphone!

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