Pour l’avenir: l’ordre ancien

À la société de contrôle ne suffit plus la surveillance permanente, le diktat des propagandes consuméristes et la soumission aux machines. Le tatillon administratif en ligne, c’est moderne mais les procédures digitalisées et la vidéo protection manquent un peu de corps : retour à l’encasernement.


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Le militaire est l’horizon des sociétés malades. L’obéissance imposée quand l’autorité fait définitivement défaut, les ordres beuglés quand la rhétorique tourne à vide, la trouille en guise de respect.

Et le LBD dans ta gueule pour toute lettre à la jeunesse.

C’est bien parti pour la der des ders des ders, on a déjà les gueules cassées. Manque plus qu’à trouver le Boche, mais on a bien notre petite idée...

À la société de contrôle ne suffit plus la surveillance permanente, le diktat des propagandes consuméristes et la soumission aux machines. Le tatillon administratif en ligne, c’est moderne mais les procédures digitalisées et la vidéo protection manquent un peu de corps : retour à l’encasernement.

Il paraît que la population rêve de petit doigt sur la couture du pantalon et de Marseillaise braillée sans couacs, sinon au gnouf. Ou à genoux sur du dur, les mains derrière la nuque. Rien n’est trop beau pour nos ados. En treillis et aux armes citoyens : qu’ils en chient un peu les mômes, ça leur apprendra la vie de se réveiller au clairon pour saluer le drapeau. Sois jeune puisqu’il le faut, mais tais-toi enfin ! Les vieux cons sont satisfaits : voilà de la bleusaille qui se tient bien sage. Avant d’avoir du poil sous les bras comme maman-papa, et l’âge de voter pour les fachos.

Le grand chef des armées gauloises a de petites dents mais de vastes ambitions. Né et élevé dans le plus pur entre-soi de la bourgeoisie tradi, il décrète le mélange des classes sociales pour les nouvelles générations. Mais pas dans les lycées où se perpétue le tri du bon grain privé et de l’ivraie publique. Pas dans les rues de nos quartiers où la ségrégation s’amplifie avec la hausse infinie du prix des logements. Non. Pour faire l’unité de la nation, rien de tel qu’un uniforme bleu marine et un bon rata partagé sous la tente à seize ans.

Nos nouveaux pioupious sont mineur.es et ne pourront refuser le stage de scoutisme universel payé à grand frais par ceux et celles qui leur serinent depuis laide lurette qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses pour leur payer des études en les dispensant d’aller trimer au mcdo. Plus d’objection de conscience : d’ailleurs, on ne pense plus, on obtempère. L’esprit critique tant vanté par les lumineux philosophes s’arrête aux fiches de bachotage. Pour l’avenir : l’ordre ancien.

Le soir à l’extinction des feux, songeant à la générosité du gouvernement qui ajoute à parcoursup le parcours du combattant, la jeunesse tricolore lira sur les paillasses quelques fables de La Fontaine : tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse.

 

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