Une arme révolutionnaire

La seule arme efficace contre tous les fanatismes qui, sous des aspects différents, conduisent ceux qu'ils asservissent sur le même chemin de destruction et de mort, est depuis longtemps connue. Hélas ! Elle ne rapporte pas des milliards à l'industrie de la guerre, elle ne fait pas de belles images de ruines et d'enfants en pleurs pour illustrer les journaux, elle se rit des postures altières de nos élus annonçant à la télé de nouveaux carnages.

La seule arme efficace contre tous les fanatismes qui, sous des aspects différents, conduisent ceux qu'ils asservissent sur le même chemin de destruction et de mort, est depuis longtemps connue. Hélas ! Elle ne rapporte pas des milliards à l'industrie de la guerre, elle ne fait pas de belles images de ruines et d'enfants en pleurs pour illustrer les journaux, elle se rit des postures altières de nos élus annonçant à la télé de nouveaux carnages. Hélas! Elle est bien plus humble et plus complexe qu'une réunion d'état-major. Penser par soi-même, tel est le nom de code de cette arme révolutionnaire. Se faire sa propre idée de ce qui arrive, de ce que l'on voit, de ce que l'on entend. Ne pas parler sans avoir réfléchi, ne pas suivre aveuglément la meute sans même se rendre compte que l'on suit la meute. Ne pas répéter en boucle des slogans simplistes, mais trouver son propre cheminement, chercher ses propres mots. Arme qui est le contraire d'une arme tant les ravages la révulsent, tant elle se tourne, hardie, du côté de la création.

Ose penser par toi-même écrivait Kant, comme un défi. Mais il ne suffit pas de lancer cette riante injonction pour que d'un coup les brumes se dissipent et que les soumis au fanatisme relèvent le front et renient leur erreur. C'est qu'il faut un ventre apaisé de sa faim, une identité qui peut être plurielle mais acceptée par les autres, une reconnaissance de sa valeur, de son inépuisable et irremplaçable richesse individuelle. Il faut l'égalité et la justice. Alors, on ne bride plus sa curiosité, on va vers les autres, on s'amuse de la complexité du monde et des gens plutôt que d'y voir une source d'inquiétude ou une menace, la culture et l'art deviennent ce qu'il y a de plus désirable outre l'amitié et l'amour. Alors, les prêcheurs de mort se taisent, faute d'oreille pour les entendre.

Nul n'est naturellement enclin à massacrer ses semblables, nul n'a spontanément le désir de se faire exploser sur une place publique. L'Homme, malgré les apparences de l'Histoire, recherche encore et toujours le bonheur. Ce ne sont pas des bombes qui l'aideront à le trouver.

 

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