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Billet de blog 21 juin 2015

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Comment vivre vieux?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La haine est bonne pour la santé. Cette évidence médicale saute aux yeux de l'observateur le plus ignorant des vérités scientifiques. Aujourd'hui, les heureux habitants des régions riches de la planète peuvent ordinairement compter sur une existence d'un petit siècle. Cent années ou un peu moins, c'est long. Mais comme la trouille de crever est encore plus tenace que celle de se faire piquer son portefeuille dans le métro, le citoyen repu des zones opulentes cherche par tous les moyens à protéger son capital-vie et, pourquoi pas, à toucher des intérêts en se retrouvant, cacochyme, baveux, mais toujours là, dans les actualités télévisées de midi, programme pour maison de retraite qui aime tant filmer les lauréats successifs du concours du plus croulant débris de la nation. Or, comment être sûr de vieillir encore plus vieux et d'enterrer la moitié de ses proches avant d'y passer soi-même ? En haïssant.

Il faut haïr longuement, régulièrement, avec constance et sans désemparer. Il y a du côté de l'ouest parisien, un vieillard breton, décati mais toujours gueulard, qui pourrait en témoigner s'il n'était trop occupé à haïr pour échapper encore quelques mois à la tombe. Haïssez l'étranger, l'immigré, le juif, le musulman, le rom, le noir, le chinois, le pauvre, le fonctionnaire, le réfugié, haïssez les femmes et les gamins, haïssez qui vous voulez mais haïssez pleinement, avec aplomb, sûr de votre bon droit à détester sans mauvaise conscience. Attention toutefois aux exceptions : la haine du poulet, du pandore et de la soldatesque peuvent s'avérer mortelles à court terme ; on veillera à s'en protéger grâce à une résidence secondaire en Méditerranée et à des économies à la banque.

D'où vient la vertu préservatrice de la haine ? vous demandez-vous, intéressés. C'est qu'elle débarrasse l'individu des neurones qui lui encombrent le cerveau tout en réduisant notablement la taille de la pompe à sang, où les âmes suicidaires logent le siège de ces humeurs délétères qu'ils appellent les sentiments. Ainsi, la haine préserve l'individu décérébré et sans cœur, de la tumeur maligne et agressive comme de l'infarctus, qui frappent avant l'heure les natures trop humaines. On a pitié de voir parfois, dans les rues de nos villes, un troupeau de non-haineux défiler sur l'air de la liberté et de la solidarité. Ces victimes auto-désignées ne tiennent pas à la vie. Quand, en plus, on trouve parmi elles quantité de mécréants qui n'auront pas même la consolation du paradis, on en pleurerait presque de tant de bête humanité.

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