Yasmine, Montreuil 19 septembre 2016 © Gilles Walusinski Yasmine, Montreuil 19 septembre 2016 © Gilles Walusinski

Quand ils ont surgi, Meda a cru que c'était la « mafia », tant il n'est pas écrit sur le visage d'une brute qu'elle se trouve du côté des flics et non des gangsters. La police en civil, peut-être la BAC. Au petit matin du lundi 20 septembre, des hommes venus foutre dehors la famille Rom qui s'était fait un refuge provisoire d'un atelier désaffecté, vide depuis bien longtemps. Mais il y avait un propriétaire et des gros bras, mais il y a un paquet de fric à se faire sur ce terrain bien proportionné, non loin du centre-ville de Montreuil, même si aucun permis de démolir ni de construire n'est encore affiché. Onze vies de Roms aujourd'hui ne valent rien contre un jackpot à venir : dehors ! Une occupation des lieux depuis plus de quarante-huit heures, un contrat pour l'électricité, n'y ont rien fait : dehors, même si c'est illégal. Les douces méthodes sont celles des cognes : mamans et bébés poussés brutalement sur leur matelas avant d'être expulsés sans avoir l'autorisation d'emporter une couverture, personne solidaire frappée et son téléphone portable brisé (elle tentait d'appeler la police, croyant elle aussi avoir affaire à des « gros bras », mais les gros bras de la police ont cru qu'elle appelait des renforts, malentendu qui l'a conduite à l'hôpital), famille mise sur le trottoir devant abandonner toutes ses affaires à l'intérieur et aussitôt les casseurs entrent en action sous protection policière : porte et tableau électrique arrachés, vitres brisées et ce toit si précieux, démoli. Dehors, les Roms.

Ils avaient des places en hébergement d'urgence à l'hôtel, donc pas de squat pour eux, lance un gradé : ils ont été mal conseillés. Quand on reste auprès des familles Roms expulsées, depuis bientôt deux mois, on apprend ceci : pour les gadjés, les Roms ne décident jamais rien par eux-mêmes, ils sont toujours « conseillés », « manipulés », « influencés ». Infantilisation des pauvres, par ceux qui savent mieux qu'eux ce qu'il faut faire, ce qui est bon pour eux et qui coïncide étrangement avec leurs propres intérêts.

Trois jours de sourires, trois jours à bricoler la serrure pour que la porte ferme, trois jours à débroussailler le petit jardin aux herbes folles, trois jours à accueillir les amis qui viennent avec des courses, avec des vitres pour remplacer celles qui manquent. Gaby cuisine la polenta pour tout le monde sur son réchaud à gaz, les gamins cavalent autour de la table. Des matelas sont installés sur une bâche bleue, on apporte des chaises et un canapé de récupération : ça commençait à ressembler à une maison de famille, ces quatre murs poussiéreux et ce sol en ciment. Christi et les siens se retrouvent une nouvelle fois à la rue : pas de place à l'hôtel lointain pour tout le monde, alors ils restent ensemble, dehors.

Les bourgeois dans leur prison dorée près des centres-villes, les pauvres dans leur précaire clapier de lointaine banlieue, et plus aucun espace urbain qui échappe au totalitarisme du fric. Il paraît que les familles Roms expulsées de la Boissière vont bénéficier d'un accompagnement socio-professionnel. Tant mieux. Mais il faudra aussi  former les patrons, option humanité : Manu et Angelo qui avaient trouvé, du côté de Dijon, des boulots de saisonniers pour les vendanges, sont revenus huit jours plus tôt que prévu. Au bout de leur première semaine de travail, « l'employeur » ne les a pas payés."

Les amis des Baras en visite, Montreuil 18 septembre 2016 © Gilles Walusinski Les amis des Baras en visite, Montreuil 18 septembre 2016 © Gilles Walusinski
Méda et Alberto © Gilles Walusinski Méda et Alberto © Gilles Walusinski
Gaby cuisine © Gilles Walusinski Gaby cuisine © Gilles Walusinski
Samuel, Montreuil 19 septembre 2016 © Gilles Walusinski Samuel, Montreuil 19 septembre 2016 © Gilles Walusinski
Yasmine et Samuel - Montreuil - 19 septembre 2016 © Gilles Walusinski Yasmine et Samuel - Montreuil - 19 septembre 2016 © Gilles Walusinski
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Le témoignage de Béa, personne solidaire présente le matin de l'expulsion et victime des violences de la BAC et de la police. LIEN