Ce joli mot de sabotage

Besoin d'amour, besoin d'humour et de dire non.

Emil Nolde, deux danseurs (1924) Emil Nolde, deux danseurs (1924)

Ce décrochage, cette irrémédiable séparation entre une élite à la dérive et les populations qu'elle prétend représenter pour mieux les diriger, politiciens mégalos ou corrompus, roitelets cooptés, exploiteurs d'humanité qui se proclament modernes, patronat arc-bouté sur ses profits, directrices des ressources humaines en congrès, ambitieux au petit pied, lobbys de toutes les industries de destruction planétaire, cette distance qui sans cesse s’accroît entre les mannequins du pouvoir et les hommes et les femmes portant sur l'échine la charge d'intérêts qui les tuent, ce hiatus à la profondeur abyssale, jusqu'à quand est-il tenable?

On voudrait croire qu'ils mènent une ultime danse sur le volcan rugissant, que leur grimace imbécile est un dernier sourire devant la vague qui approche et viendra les balayer. Incrédule, on les regarde un instant s'agiter tels des insectes au fond d'un vase, et l'on détourne les yeux en soupirant, et l'on se remet à la tâche idiote à laquelle ils nous assignent sous peine de mort, fut-elle sociale, en rêvant de revanche. Tous ces ridicules, très "ancien régime", que le jeune président choisit de nous donner comme petits-contremaîtres, on en ricane en guise de consolation. Puis on grince des dents.

Ces faussaires de l'histoire, ces faiseurs, ces bricoleurs de beaux discours, dont le pharisaïsme insulte les victimes par-dessus les violences qu'elles subissent, comment tirer la nappe sous leurs semelles, pour qu'ils débarrassent la table de l'histoire où se goinfre la poignée d'éternels gagnants de tous les régimes fascistoïdes qui réclament un chef et un peuple obéissant ? Comment saboter les tréteaux sur lesquels ils paradent pour que la sinistre comédie s'effondre enfin?

D'abord par la solidarité sans faille avec ceux et celles sur qui s'acharne le pouvoir aux mains des multinationales et des groupes financiers, sur celles et ceux qui, en première ligne sur le front de la guerre que mènent les états contre leurs populations, sont démunis de tout jusqu'à leur existence-même, en résistant à l'usure du combat quotidien, à la politique du pourrissement comme au harcèlement policier et judiciaire, en ne cédant pas aux intimidations qui se précisent chaque jour davantage. Dire non, gripper les rouages, refuser de participer, d'inspirer les miasmes du pouvoir antisocial, antihumain, qui contamine tout, jusqu'à l'air que l'on respire. Besoin d'amour, besoin d'humour, désir de renouer les fils de l'entraide et du partage contre la marchandisation de nos vies. Devenir incontrôlables.

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