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Billet de blog 23 juillet 2015

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Le pain amer des floués

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

D'un coup, c'est retombé. Sale coup. L'excitation des derniers mois, l'espérance, le rêve éveillé que dans nos mornes vies de citoyens d'une démocratie policière, il pouvait soudain se passer quelque chose de vraiment démocratique, même si l'événement n'était vécu que par procuration, même si nous ne frémissions qu'à travers le spectacle de l'existence d'autres, amis d'un bout de l'Europe mais tellement proches, à travers leurs images, leurs slogans et leurs discours, à travers leur vote victorieux, tout nous a été d'un coup retiré, nous laissant désolés au milieu du carnage ordinaire à peine recouvert de la poussière de nos illusions. L'espoir grec nous a emportés dans son tourbillon de fête politique ; nous étions soumis, apathiques, justifiant notre passivité en protestant de l'inutilité de toute contestation de l'ordre financier fermement établi, nous réfugiant dans le repli sur soi, et voici que la population grecque nous donne l'exemple de femmes et d'hommes debout, dressés contre l'injustice qui leur est faite, contre la spoliation dont ils sont les victimes, contre le rouleau compresseur de créanciers autoproclamés réclamant le paiement par les pauvres d'une dette creusée par les riches et par les banques, c'est-à-dire par l'oppresseur ploutocrate. Mais à la fin, la douche froide a calmé nos émois : réformes as usual, la perpétuation du business européen. Le coup d'état a bien eu lieu, sous nos yeux ébahis. Pour les grecs rebelles : encore la hausse insupportable des prix, encore des privations, encore la vente du pays par morceaux et un « volet humanitaire » qui sera accordé du bout des lèvres par les despotes de la commission. Pour nous, après une salve d'accusations contre celui qui n'a pas su ou pas pu réaliser l'impossible, après nos hurlements d'effroi et de colère, le silence honteux de la résignation, une fois de plus. Et pour nourrir notre désir affamé de révolte, le pain amer des floués.

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