Assignation à résidence. Demeurer. Libre dans le cercle autorisé. Attention. Pas se cogner aux parois de verre, ça fait mal. Les coudes, la tête, ne t'écorche pas la peau. Garde la bonne distance, ni trop près ni trop loin du tragique. Particule blessée d'un peuple dolent, on sait ce que tu ressens, on te le montre avec des logos. Sous le choc, tu n'y comprends rien. Petite chose meurtrie qui ne sait ce qui lui arrive. Reste hébété devant l'écran : on te fournit les ressources pour que tu mettes des mots sur ta souffrance. Et la police. Recours à la cellule. C'est qu'il faut parler, ordonnent les psys en service commandé. Parle, t'exprime, ou bien tais-toi une minute. Droit de pleurer, même les hommes, et d'allumer une bougie en signe de. On fait dessiner les enfants pour le journal télévisé, on commente leurs dessins de morts, de corps ensanglantés, inspirés par les images qu'on leur a fait voir au journal télévisé. Mieux comme ça, les parents préfèrent que s'ils gardaient tout ces cadavres à l'intérieur de leurs petites têtes. Chanter la Marseillaise. Écouter les experts et le discours du président. Soigner son trauma et laisser faire les militaires. Ton deuil national découpé en phases : repère sur le schéma, où tu en es. Alors ? Ça ira mieux jeudi, au pire vendredi c'est bien normal, ça prends du temps. Mais traîne pas trop. Surmonte ta peur. Tu es fort. Plus fort que. Mobilisation. On a besoin de toi. Avec tout ça, les affaires périclitent. Il faut sauver le commerce. Sache que nul ne pourra t'abattre, glorieux héros de la consommation.
Billet de blog 23 novembre 2015
Reprise
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