L'on s'étonne, malgré tout, du peu de réaction de l’Élysée et du gouvernement face aux révélations de Wikileaks et de Mediapart. Trois présidents de la République mis sur écoute par les États-Unis, par d'autres alliés aussi, peut-être... sans doute. Les petits malins le savaient déjà. Pour ces dessalés qui se rient de la crédulité des naïfs : rien de neuf sous le soleil noir des relations entre États. On est espionné et l'on espionne, et vogue la galère tant qu'elle, tant qu'elle, tant qu'elle, et vogue la galère tant qu'elle pourra voguer. Tel ministre, tel député, s'insurge comme l'histrion se fâche sur les tréteaux d'un théâtre de rue, un autre s'esclaffe, le troisième sourit en coin à la caméra, ravi de se trouver, une fois n'est pas coutume, dans le champ. Ils n'ont rien à cacher, proclament-ils, ces élus si transparents qu'on les distingue à peine sur les banquettes cramoisies de l'hémicycle. Il n'ont rien à cacher, parce qu'il n'y a rien à cacher. Et si c'était cela, le secret soigneusement gardé que révèlent crûment les divulgations de Wikileaks ? La balourdise d'un Douste-Blazy, la mégalomanie pathologique d'un Sarkozy, les velléités de rébellitude vite refroidies d'un Hollande. À la lecture de ces documents confidentiels, on éprouve l'étrange impression qu'au sommet de la République, les rois sont nus. Ceux-là même qui élaborent et font voter des lois liberticides, surveillent les citoyens, veulent exercer un contrôle surpassant ceux des plus verrouillés des régimes totalitaires, n'ont qu'un pouvoir de façade sur la scène diplomatique. Passées les frontières, ils ne sont rien, rien que des pantins plus ou moins grotesques, que le président américain flatte d'une tape sur l'épaule. Les seuls secrets qui resteront bien gardés seront ceux des affaires. Les bavardages gaulois n'ont pas besoin d'être cryptés : ils ne brassent que du vide.
Billet de blog 25 juin 2015
Quel est ce secret?
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