Gangrène

Le poisson, dit-on, pourrit par la tête. Mais quel genre de carnassier des marais est cette cinquième république qui n’en finit pas de moisir ? La tête est grosse, certes, et bien corrompue, mais la nécrose infecte depuis longtemps tout le corps de la bête. La république pue le cadavre, mais ne crève point : pire, elle mord encore.

Le poisson, dit-on, pourrit par la tête. Mais quel genre de carnassier des marais est cette cinquième république qui n’en finit pas de moisir ? La tête est grosse, certes, et bien corrompue, mais la nécrose infecte depuis longtemps tout le corps de la bête. La république pue le cadavre, mais ne crève point : pire, elle mord encore.

Les honnêtes éluEs du peuple la vénèrent, les ministres la chérissent, brandissent l’étendard de Marianne face aux barbares séparatistes des banlieues comme aux féministes extrémistes et se drapent du drapeau tricolore en réclamant à grands cris de l’ordre, de la laïcité et toujours plus de police. C’est que la république, bonne fille, n’est pas avare d’émoluments et de compensations bourgeoises, même si certainEs déplorent la pingrerie du trésor public qui paie moins bien que la télé ou la banque. Iels sont prêtEs à tous les sacrifices par amour de la patrie et du bien commun.

Tandis que le présumé innocent ministre de l’Intérieur commémore très solennellement les assassinés pour tenter de faire oublier qu’il est accusé de viol, le préfet de Paris, chef des cognes et résurrecteur des voltigeurs de sinistre mémoire sous le nom risible de Brav, saisissant le premier prétexte malvenu, se fait acclamer debout par celleux-même des éluEs parisienNEs que naïvement l’on croyait encore un peu de l’autre camp. Pendant les embrassements émus à un mètre de distance, les affaires continuent en soum-soum et l’on découvrira demain les petits arrangements mafieux d’aujourd’hui entre les maîtres-espions privés et les maîtres publics, pour la grandeur de la France et la défense de l’entre-soi.

Les FrançaisES qui le peuvent jouissent de vacances bien méritées sous le nuage de cendres qui leur tombera sur la tête à la rentrée, mais les élites gâtées de la république se trémoussent sur le volcan en éruption. Plus c’est chaud bouillant sous les semelles des mocassins plus la danse est belle pourvu qu’elle ne soit pas la carmagnole. On se contorsionne déjà en vue des prochaines élections, on affûte les couteaux de l’hypocrisie et du mensonge, on fourbit ses armes de droite dure pour affronter l’extrême-droite sous les yeux ébaubis des rares électeurs et électrices s’accrochant encore aux dernières planches pourries du naufrage de la démocratie représentative.

Que manque-t-il à mon apothéose ?, se demande l’imposteur en chef du marigot, pris de la vertigineuse angoisse de disparaître englouti par les sables mouvants de l’Histoire. Une guerre, lui susurre l’éternel philosophe de cour, mais une vraie, une couillue. Pas celle à bon marché que mène contre le virus l’armée des soignantEs en sacs poubelle et masques d’infortune dont les mortEs sont déjà oubliéEs. Non, une guerre virile, d’homme à homme, qui sent la poudre et le sable chaud. Suffit de dénicher là-bas le bon théâtre des opérations et boum ! Tout rayonnant de gloire, je vous garantis l’érection, oh mon roi, de votre cote de popularité.

On ne sait quels corps exotiques frapperont les missiles récemment testés au large de Brest, lancés par notre républicaine flottille de sous-marins nucléaires, mais pas sûr que le bruit des canons parvienne à camoufler assez la puanteur d’un régime politique en décomposition avancée. Quand la gangrène s’y met, ne sait-on pas qu’il faut amputer ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.