Montreuil solidaire, vraiment?

Ainsi, elle était possible la réquisition que nous appelions de nos vœux, la réquisition tant espérée. Patrice Bessac, le maire de Montreuil, en a fait hier la spectaculaire démonstration.

Réquisition de l'immeuble de l'AFPA par le maire de Montreuil, 26 septembre 2018. © DR Réquisition de l'immeuble de l'AFPA par le maire de Montreuil, 26 septembre 2018. © DR

Ainsi, elle était possible la réquisition que nous appelions de nos vœux, la réquisition tant espérée. Patrice Bessac, le maire de Montreuil, en a fait hier la spectaculaire démonstration, occupant à l’aube du mercredi 26 septembre, un immeuble de bureaux désaffecté appartenant à l’État pour mettre à l’abri la centaine d’hommes, souvent des Maliens, qui vivaient dans un foyer de travailleurs inhabitable de vétusté. Grande démonstration d’écharpes tricolores, de directlive en webcam sur les réseaux sociaux et de discours très humains du côté de l’élu, longue cohorte des camions blancs des CRS et son habituel cordon de fonctionnaires caparaçonné de noir, de l’autre. Ainsi, il est possible d’aménager en quelques heures des locaux fait pour le travail, en chambres d’habitation, il est possible d’installer des douches et une cuisine : les agents de la mairie de Montreuil l’ont fait hier, facile. La réquisition a réussi et les hommes sont provisoirement relogés. Chacun.e s’en réjouit oubliant un peu vite les expulsions de squats à répétition, effectuées même en plein hiver, sans que la municipalité ne bouge le petit doigt pour secourir les nouveaux sans-abri. Chacun.e s’en félicite, même si l’opération sent très fort l’arrière cuisine électorale et la tambouille politico-médiatique sur fond de guéguerre surjouée entre l’État et les territoires, entre la mairie et la préfecture, entre le maire, le préfet et l’ex-préfet de région devenu président de l’association gestionnaire du foyer de travailleurs insalubre où logeaient les Maliens.

La vie dans un camion, Montreuil septembre 2018 © Gilles Walusinski La vie dans un camion, Montreuil septembre 2018 © Gilles Walusinski

On nous aurait donc menti ? Depuis l’expulsion de treize familles roms de leurs habitations du boulevard de la Boissière, depuis qu’une cinquantaine de Roumain.es dont de nombreux enfants ont été mis à la rue par la préfecture sur la demande de la mairie, combien de fois l’a-t-on demandée, cette réquisition ? Un gymnase en urgence, puis un lieu de vie, un immeuble vide, un terrain, sur tous les tons les familles et les personnes solidaires se sont adressées au maire de Montreuil pour qu’il fasse ce qu’il a fait hier : réquisitionner. Depuis plus de deux ans les familles et les personnes solidaires réclament des sanitaires, des toilettes et des douches pour les familles sans abri. Mais pour ces familles roms, rien n’a jamais été possible, sinon l’éparpillement dans les hôtels du 115. Rien de possible pour les familles roms et surtout pas la réquisition. Roms roupies de sansonnet, Roms rien, Roms à la rue, toujours et encore. Et voici l’automne revenu, qui trouve les familles où il les avaient abandonnées au printemps : dans les voitures et les camionnettes garées sur la contre-allée, le long du cimetière. Des enfants naissent et grandissent dans ces carcasses de véhicules, s’habillent pour partir à l’école dans ces habitacles ouverts aux courants d’air : ce sont les seules maisons qu’ils et elles connaissent. Les demandes de scolarisation d’une dizaine d’écoliers de maternelle et primaire tardent à obtenir satisfaction, bientôt un mois se sera écoulé depuis la rentrée, ces enfants roms commenceront l’école très en retard. L’hiver approche, il faudra encore tenir dans le froid et la neige.

Mais depuis hier, Montreuil s’affiche solidaire. Alors l’espoir renaît. À quand, la réquisition pour le relogement des familles roms ? Elles ont déjà tant attendu, elles n’en peuvent plus d’attendre.

Sur le chemin de l'école, Montreuil septembre 2018 © JK Sur le chemin de l'école, Montreuil septembre 2018 © JK

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