Les fleurs vénéneuses poussent aussi au printemps

Billet d'ambiance pour temps d'orage.

Paris nord, 2017 © Gilles Walusinski Paris nord, 2017 © Gilles Walusinski

Au seuil de quoi ? Au bord du basculement. Le pied déjà, et jusqu'au genou, dans un cloaque qui n'a pas encore reçu son nom. Nous disons fascisme, pour aller vite, et parce que ça claque même si c'est un mot du passé. Un mot qui dit violence partout, domination brutale d'un appareil répressif au service d'un chef et de sa clique sur la totalité de la population. Le président dit je veux pour soixante-six millions qui s'inclinent au parlement muet ; mais si ça jase un peu, le chef passe en force puisque c'est dans la constitution. Avoir le droit, ne pas avoir le droit, ne plus avoir de droits. Le pays ne protège plus les enfants, qui se jettent dans la seine à dix-sept ans. Et des préfets essuient leurs semelles pleines du sang des migrants sur le paillasson républicain. Que fait la République des préfets hors la loi? Alpes-maritime ou Seine-saint-Denis, qu'importent les chicanes du Défenseur des droits! Puisqu'on vous dit qu'il n'y en a plus. La loi se tord et se distord, c'est une question d'application. Une grenade pour Rémi Fraisse, la taule pour Antonin Bernanos et un procès politique pour ceux de Tarnac, avant l'encagement? Mort physique et mort sociale aux contestataires. Oui, on en est revenu là. Dans les facs, des flics et des encagoulés cognent les étudiants sous le bienveillant regard du doyen. Le sang coule dans les amphi et au lycée autogéré de Paris. Le salut nazi est de mode avec la barre de fer. Alors, le FN, comment va ce matin? demande l'animateur sur les ondes de l'État policier. C'est terrible mon brave, Macron nous tire le tapis sous les mocassins à pompons! C'est le casse du siècle! L'animateur compatit et pour sa consolation, le FN reviendra demain. On parlera aussi météo et macramé. Au secret, les lanceurs d'alerte, les journalistes et les associations ! Omerta garantie par la loi pour tous les gangs des choux fleurs. Le secret des affaires, c'est la chape de plomb sur les crapouilleries des Bolloré et autres Areva. Tiens, le premier sinistre est un ancien cadre du géant nucléaire! Au fond des tiroirs de l'État sans l'sou pour aider les pauvres gens, on trouve des milliards pour retaper la bombe : les irradiés d'Hiroshima vous saluent bien. Et ceux de Tchernobyl, et ceux de Fukushima. Aux futurs irradiés du prochain désastre nucléaire, le gouvernement concédera peut-être une belle cérémonie civile ou militaire. Le président causera de la nation, des valeurs et du dévouement au drapeau. Et les enfants des écoles cueilleront les dernières fleurs qui faneront sur les tombes.

 

 

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