Ce goût de l'ordre

Et que rien ne vive, vraiment.

 © Gilles Walusinski © Gilles Walusinski

Ce goût de l’ordre. Et que rien ne vive, vraiment. Pas penser. Pas bouger pas casser, sinon ça cogne. Obéissance à la loi du plus bête : le plaisir vil de son cri. Rappel à l’ordre, rappel à la loi. Des flics partout, des services d’ordre et leurs sévices. C’est qu’il faut le troupeau bien garder alors les chiens se multiplient : mille aboiements pour un écart à la soumission, la meute se répand sur les réseaux. On frémit de plaisir à la vue des mômes tabassés, raflés, mis sous écrous. Rien que ce qu’ils méritent. La résignation s’apprend plus vite à coup de tonfa et de gaz poivre que sur les bancs des écoles livrées aux pédagos. Quelques grenades encore : que ça saigne pour que ça rentre. Écoute tes parents, gamin, épanouis-toi dans ta cage, petite. Montessori ET la schlague. En garde à vue, au gnouf : les prisons sont faites pour être pleines, tu comprends c’est politique. Entre quatre murs, ça t’apprendra la peur. Mutilation des consciences : l'amour des règles, la haine de l’humain. La loi, rien que la loi, la loi rien que pour toi. On n’a pas assez de mains pour t’étriller et applaudir le ministre à la gueule de maton. On veut de la réussite, du retour sur investissement : des examens dans des classes immaculées, des diplômes et de la sélection. On veut du bon-enfant et de la démocratie cinq minutes pour les victimes, cinq minutes pour le bourreau. On veut le débat spectacle et le rouleau compresseur. Ta tête mal pensante écrasée sur le bitume. On veut des gagnants sponsorisés, et des crève-la-faim. Mort à ceux qui ne sont rien.

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