Je sais ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes

Je sais ce qui se passe à Notre-Dame des Landes. Et je ne l'oublierai pas, quelle que soit l'issue de cette lutte qui n'aurait jamais dû avoir lieu. Malgré l'omertà des grands médias, qui réduisent le juste combat non violent des habitants des terres et des bocages contre les forces policières armées, à une brève ou à quelques images d'illisibles échauffourées quand ils ne le passe pas sous un silence complice, je sais heure par heure les destructions, ordonnées par l'État, de fermes, de cultures, de cabanes établies dans les arbres. Je sais l'usage des grenades lacrymogènes, des grenades explosives. Je sais les tirs de flashballs. Je n'oublierai pas. Je n'oublierai pas que le Président de la République et le Premier Ministre socialistes ne veulent pas entendre les habitants quand ces derniers sollicitent une simple écoute. Surdité absolue des sommets de l'Etat : on interpelle pas le Président puisque, dans notre pays, seule la police interpelle le citoyen, pour l'arrêter quand il proteste. Je sais maintenant que ceux qui gouvernent notre pays ne sont pas les hommes et les quelques femmes que les Français respectueux du suffrage universel ont élus, mais les capitaux investis au mépris du bien-être des individus, les multinationales insensibles à l'intérêt général et pour lesquelles le profit, sans cœur, ni âme, ni raison, est le seul moteur de l'action. L'État montre aujourd'hui que la police française est au service des bétonneurs, que la police française est l'agent fonctionnarisé des destructeurs de l'environnement pour leur unique profit. Elle n'a donc plus rien à voir avec la protection du citoyen. Doit-on dorénavant considérer la police française comme le bras armé d'une puissance d'occupation? Dans ce cas, seule la révolte est légitime. Je n'oublierai pas l'opiniâtre résistance des gens simples qui défendent l'intégrité de ce territoire magnifique contre la voracité des profiteurs appuyée par l'État. Je sais ce qui se passe à Notre-Dame-des-Landes, et je n'oublierai pas.

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