Je viens de lire, et de réagir à l'article de Philippe Riès. Je perds chaque fois une année de ma vie à me battre contre des moulins pour "démonter" toute la logique du mensonge, intimement ancrée dans le discours néolibéral...
Je suis donc obligé de donner et d'analyser les chiffres officiels de la Comptabilité Nationale européenne pour convaincre... un ou deux individus... mais jamais pour percer le MUR DU SILENCE de tous nos médias et le MUR D'INDIFFERENCE de toutes nos populations...
La comptabilité nationale n'est pas une chose simple.
Quand on apprend à la maîtriser, on lui trouve plein de défauts. Le défaut le plus grave? Il ne permet pas d'anticiper. Pour donner une image "sensible", le SECN (système européen de comptabilité nationale), c'est un peu comme si un constructeur automobile vous fournissait une voiture équipée d'un pare brise complètement barbouillé et d'un rétroviseur mal réglé... pour faire de la conduite sportive en montagne...
Personnellement, je ne m'intéresse pas à la France mais à la zone euro que je suis comme le lait sur le feu...
Voici donc les chiffres les plus significatifs de la Zone Euro à fin septembre 2009 (en milliards d'euros : MD€).
- Le SECN recense des secteurs institutionnels : Ménages, Sociétés Non Financières (entreprises), Institutions Financières Monétaires (banques), Autres Institutions Financières (sociétés de crédit, fonds d'investissement), Sociétés d'Assurance et Fonds de Pension (retraites complémentaires, assurances-vie), Reste du Monde.
- Si l'on additionne tous leurs Passifs Financiers Bruts, on obtient 103.000 MD€ ou 10,5 années de PIB (environ 9.800MD€). Evidemment, cette approche est complètement erronnée puisque chaque secteur est imbriqué avec les autres dans un vaste système de flux réciproques : par exemple, les ménages empruntent aux banques et celles-ci empruntent auprès des ménages (les comptes des particuliers). Il faudrait donc neutraliser ces flux, ce qui n'est pas fait.
- Si on raisonne en Actifs Financiers Bruts - Passifs Financiers Bruts = Patrimoine Financier Net (en + ou en -), on découvre que le discours néolibéral ne tient pas debout une seule seconde...
- Le Patrimoine Financier Net des Ménages était largement POSITIF : il était de +11.275 MD€ au 30/09/2009 (entre 25.000€ et 30.000€ par ménage suivant la manière de comptage), soit 1,8 année de PIB. Or, le patrimoine financier n'est qu'une vue bien partielle des patrimoines : les ménages possèdent aussi des biens immeubles et des biens meubles qui représentent une valeur au moins cinq fois plus élevée...
- Le Patrimoine Financier Net des Entreprises était négatif à hauteur de -9.000 MD€ (moins d'une année de PIB). D'une part, ce chiffre est intrinsèquement faible, contrairement à ce que j'ai lu, mais en plus il est strictement financier ; il ne tient pas compte des immeubles et des stocks ; enfin, les comptables mettent à zéro (en moins de trois à cinq ans) toutes les immobilisations incorporelles qui sont indispensables pour créer la valeur réelle et la valeur potentielle d'une entreprise.
- Les Administrations Publiques étaient endettées en net à hauteur de -4.750 MD€ soit moins de six mois de PIB (leurs Passifs Financiers Bruts étaient de -8.100 MD€). C'est dérisoire par rapport à tous les actifs réels (non financiers) détenus par les Etats de la Zone Euro.
- Le Reste du Monde était important : ses Actifs Financiers Nets étaient positifs de +1.800 MD€.
- Les autres secteurs disposaient d'Actifs Financiers Nets relativement faibles (sur papier) : IFM (830 MD€), Autres Institutions Financières (250 MD€), Sociétés d'Assurance et Fonds de Pension (-150 MD€).
Alors, quel autre son de cloche peut-on donner du système?
- Il est incomplet : il ne donne que les valeurs financières des patrimoines.
- Les IFM (banques commerciales) DOIVENT ÊTRE réduites en taille, par des nationalisations et des spécialisations mises sous haute surveillance, car le système bancaire et financier ressemble à la grenouille qui veut imiter (et manger) un boeuf de super-grande taille. En effet, les Passifs Financiers Bruts des IFM représentaient -31.300 MD€ pour des Actifs Financiers Nets de +830 MD€. Autrement dit, elles sont ridiculement petites, mais elles veulent grossir davantage... en contrepartie de RISQUES CONSIDERABLES.
- Le SEBC (système Européen des banques centrales) est encore plus "minable" : son patrimoine net était de l'ordre de 300 MD€, essentiellement parce que les pays de la Zone Euro leur ont confié leur or et leurs autres réserves de change. Comme je l'écrivais dans un des mes articles précédents, LA BCE EST UN NAIN DE JARDIN DANS UN ENCLOS D'ELEPHANTS EN RUT (les banques commerciales et toute la Haute Finance).
- Les Sociétés d'Assurance et Fonds de Pension sont PAUVRES (sur papier) : leurs actifs nets étaient de -150 MD€. Par contre, ces entités avaient collecté 6.500 MD€, ce qui est énorme.... En clair, c'est un secteur qui mériterait des contrôles très affûtés (tout est possible) car cette "pauvreté" leur évite de payer des impôts et taxes en travaillant dans les paradis fiscaux et en obtenant sans cesse des exonérations fiscales... pour leurs clients (disent-ils).
En conclusion...
Arrêtons de parler d'effet de levier et de surendettement des ménages, des Etats et des entreprises...
C'est la Haute Finance qu'il faut mettre au pas... et pas l'inverse...
Et très vite, il faut amener au banc des accusés J.C TRICHET et tous les gouverneurs des Banques Centrales qui ont si mal géré nos monnaies nationales, et surtout notre euro.
Merci de réagir, vite, très vite...
JUNON Moneta
ALTER-EUROPA
Pour une Autre Europe...
Et (bien sûr) pour un Autre Euro...