L'Euro a dix ans! Une très mauvaise mauvaise monnaie internationale?

Quel rôle doit jouer l'euro sur le plan international? C’est la question débattue par Philippe RIES dans l’article «L’Euro a dix ans: les faiblesses d’une monnaie apolitique». Effectivement, l’euro est une monnaie apolitique, bien plus sur le plan intérieur que sur le plan extérieur, ce qui s’est traduit par la faillite pure et simple de tout le système financier eurolandais. Bien sûr, la faillite du système financier est internationale mais une bonne gestion de l’euro aurait dû nous protéger de tant d’erreurs anglo-saxonnes (Etats-Unis et Royaume-Uni).

Pourquoi cette monnaie apolitique nous a-t-elle plongés dans une telle crise, au bord d’une réelle DEPRESSION ?

Réponse : Parce que les pouvoirs politiques ont laissé le champ libre à la BCE et donc à toute la Haute Finance de l’Euroland.

Concrètement, l’euro devait remplir CINQ FONCTIONS essentielles sur le plan intérieur : numération, transaction, réserve de valeur, crédit et capital.

L’échec est quasiment total !

ØLa fonction de numération n’appelle - pour l’instant – aucune remarque particulière puisque la monnaie est bien déclinée vers le haut et vers le bas par des comptes bancaires, par des billets et par des pièces sans faire appel à des chiffres délirants.

Officiellement, tout va bien, Madame la Marquise, puisqu’il est encore possible de faire l’achat d’un pain sans sortir un billet d’un milliard d’euros ou une brouette de vieux billets sales d’un million d’euros, une pratique toujours fréquente de nos jours, notamment au Zimbabwe.

Pour corriger la vue un peu trop simpliste de cette version officielle, il faut simplement remarquer que les Européens doivent se contenter d’un revenu net de vingt-cinq euros par jour et par personne (en moyenne) tandis que la Haute Finance de la seule Zone Euro échange chaque jour trois mille milliards d’euros.

L’échelle de numération est démesurée : dix mille grands acteurs de la Zone Euro manipulent trois mille fois plus d’argent que tout le reste de la population (quatre cents millions d’habitants), essentiellement pour spéculer (dans 95% des cas)…

ØSur le papier, la fonction de transaction remplit toutes les exigences que l’on peut attendre d’une bonne monnaie. Elle est facilement accessible, notamment par l’existence des cartes bancaires (américaines), et elle est transférable partout, à un prix raisonnable, en toute sécurité.

Dans la réalité, la répartition est tellement démesurée que trente pour-cent de la population n’arrivent pas à collecter les euros nécessaires aux transactions les plus indispensables pour assumer leur Droit de Subsistance et leur Droit à l’Existence.

ØLa fonction de réserve de valeur fait l’objet de tous les éloges médiatiques et politiques : l’euro nous protège contre les fluctuations les plus folles… provenant du monde extérieur.

La BCE nous sort des chiffres d’inflation que personne ne peut constater en remplissant son caddie mais, chaque mois, quatre cent millions d’Européens sont obligés de s’incliner : la BCE nous protège « en maîtrisant l’inflation dans une zone de ±2% par an ». En fouillant un peu dans la construction des indices, il est très facile de comprendre d’où vient l’erreur : dans une démocratie, personne ne peut être juge et arbitre ; c’est pourtant le cas dans le monde de la Haute Finance qui change la construction des indices sans en référer à quiconque.

L’avenir est pourtant bien plus préoccupant : après avoir concentré dans ses différents greniers près de quatre années de PIB, la Haute Finance de l’Euroland a tout perdu au point que, sans les aides et les garanties des Etats, tous ces grands acteurs de la Haute Finance auraient déjà mis la clé sous la porte.

Ils ont donc fait disparaître toutes nos économies et nos retraites en s’accordant, les uns aux autres, des crédits et des garanties toxiques dont personne ne sait encore dénouer les ingrédients.

Mieux, après capté toutes ces aides et garanties, ils sont encore au bord du gouffre !

L’avenir n’est donc pas rose… pour le pouvoir d’achat des Eurolandais…

ØLa fonction de crédit : une bonne monnaie est avant tout une bonne monnaie de crédit, accessible aux taux les plus bas.

En réalité, la Haute Finance s’est bien gardée de distribuer des crédits aux taux les plus bas car ils ont créé leurs « filiales spécialisées », chargées de plumer les clients, entreprises et particuliers, en pratiquant des taux à la limite des taux usuraires… des taux que la BCE et les banques centrales nationales de l’Euroland valident (et légalisent) sans rechigner…

Les vrais prêts ont donc été consanguins : tout pour la Haute Finance, rien que pour elle !

En corolaire, ces grands acteurs ont fait n’importe quoi, et ils ont tout perdu !

La vraie fonction de crédit - en faveur des entreprises et des particuliers - a donc été négligée, et elle le sera encore plus dans les cinq années à venir.

Conséquence ? Les faillites et le chômage vont déferler dans l’Economie Réelle à vive allure car nos gouvernants et nos gouverneurs ont bien choisi leur camp : il faut sauver le néolibéralisme à tout prix !

ØLa fonction de capital : une bonne monnaie est une monnaie qui crée de la valeur à long terme et, pour cela, elle doit alimenter des marchés de capitaux à long terme à un prix très raisonnable pour favoriser la Recherche, le Développement, les investissements créateurs d’emplois qualifiés et respectueux de l’Environnement.

Or, non seulement la Bourse ne remplit pas ce rôle (c’est un casino permanent sur une masse de capitaux existants) mais, en plus, les marchés obligataires permettent essentiellement à la Haute Finance de collecter des fonds à long terme.

Les entreprises ont été littéralement écartées de ces marchés, tandis que les Etats et les Collectivités sont maintenant obligés de s’adresser aux banques commerciales pour financer les dettes publiques.

En conclusion, l’histoire a démontré qu’une monnaie est forte… quand son économie est forte.

Or, le passé et le présent nous ont démontré à souhait que la Haute Finance de l’Euroland n’a créé que des illusions de puissance et de richesses.

Tout discours sur la place de l’euro dans le monde paraît bien déplacé au regard des illusions perdues et du cauchemar à venir…

JUNON MONETA

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