La faillite du néolibéralisme. Acte I : état des lieux.

La Faillite du Néolibéralisme. Acte I : Etat des Lieux…

 

A. Le Néolibéralisme, et ses pompiers incendiaires.

Avant de développer le sujet, nous devons rappeler notre livre I : « Le néolibéralisme ? Un très vieux système… Pourquoi (faut-il) le combattre ? ». Dans cet ouvrage, nous avons décrit le néolibéralisme dans ses racines les plus profondes en nous appuyant sur l’histoire (qu’il faut toujours regarder avec l’Âme Ailée de Platon) et nous l’avons baptisé : « le système des nouvelles libertés ».

Les économistes (et les médias) n’ont toujours pas bien décodé ce système au point qu’ils utilisent les termes les plus inappropriés pour le décrire, pour le condamner ou pour le défendre. Ils parlent donc de « libéralisme », de « mondialisation », de « néo-capitalisme », de « capitalisme sauvage »… Bien sûr, il y a un peu de tout cela dans ce système mais, dommage pour nous tous, ils confondent les causes et les effets.

La force de notre démonstration tient au fait que nous avons démontré ceci : nous avons affaire à un système qui a obtenu de « nouvelles libertés » à partir des années 1960 mais, foncièrement, ce système n’est pas nouveau puisqu’il est vieux de 2.500 ans. Et donc, en nous appuyant sur l’Histoire, nous avons annoncé que ce système pouvait détruire notre Société et, peut-être même notre civilisation occidentale, trois fois millénaire.

Or, si pour de nombreux commentateurs, la crise monétaire et financière est maintenant derrière nous, nous continuons à tirer la sonnette d’alarme, et nous disons que :

=> La crise ne fait que commencer ! Elle sera désormais économique et sociale.

=> Nos gouvernants et nos gouverneurs de banques centrales sont les seuls responsables de cette situation mais, d’un seul trait de plume, ils veulent nous faire croire qu’ils sont des pompiers efficaces ! En réalité, ils sont en train de déverser des centaines de milliards… de jerricans d’essence… pour éteindre un incendie particulièrement ravageur.

=> La conséquence de toutes ces erreurs nous conduit vers une très grande crise politique : un danger pour les «commissaires», les eurocrates irresponsables de l’Union Européenne, pour l’avenir de la Banque Centrale Européenne et pour celui de tous les gouverneurs des banques centrales nationales. Evidemment, les « irresponsables politiques » nationaux n’échapperont pas au tsunami politique qui se prépare…

C’est ce que nous allons démontrer en deux ou trois articles, au gré de l’inspiration et des évènements.

 

B. Un spectacle invraisemblable !

Nous sommes en train d’assister à un spectacle totalement ubuesque. A fin décembre 2007, la Haute Finance et tous les économistes médiatisés de la Zone Euro nous chantaient encore les louanges d’un « Marché totalement ouvert sur lequel il doit y avoir une concurrence libre et non faussée ».

Or, depuis la fin septembre 2008, les Etats et les gouvernements de la Zone Euro, ainsi que tous les pays du monde et toutes les Institutions Internationales, n’ont jamais passé autant de temps pour sauver d’une faillite planétaire tous ces monstres d’arrogance et de cupidité.

Enfin, les chiffres les plus alarmants concernant les pertes réalisées par la Haute Finance sont régulièrement dépassés : en avril 2008, le FMI avait annoncé « une perte vraisemblable » de 985MD$ ; en septembre, il a « réajusté » son chiffre des pertes à 1.600MD$.

Or à fin octobre, les Etats-Unis ont dû intervenir à hauteur de 700 MD$ (plan PAULSON) auxquels ils ont rajouté 150 MD$ pour les particuliers, et ils doivent apporter de nouvelles garanties aux intervenants financiers pour relancer les marchés interbancaires à hauteur de 750 MD$. Total Etats-Unis : 1.600 MD$.

L’Europe (UE + Non UE) a déjà apporté de l’argent frais à la Haute Finance pour 800MD$ (600MD€) et elle a dû, en plus, apporter des garanties astronomiques de 3.400MD$ (2.600MD€) pour remettre péniblement en fonctionnement le marché interbancaire. Total Europe : 4.200MD$.

Pour la seule Zone Euro, les interventions étatiques en argent frais ont été de 300 MD$ (160MD€) et les garanties offertes au système financier ont été de 2.000 MD$ (1.500 MD€). Ces sommes, nécessaires pour tenir en survie le système financier de l’EUROLAND, sont constamment revues à la hausse ! Total Zone Euro : 2.300MD$.

Pour le Royaume-Uni, deux chiffres viennent encore alourdir le tableau du « modèle anglais », mis a mal par Mr Gordon BROWN qui a littéralement privatisé les grandes banques britanniques qui ne pouvaient se passer de fonds publics : l’Etat a injecté directement 192MD$ (123MD£) dans le capital des banques, et il a dû apporter sa garantie pour leurs emprunts pour 702 MD$ (450MD£). Total Royaume-Uni : 900 MD$.

Le Total Etats-Unis + Total Europe (UE et Non–UE) : 5.800 MD$. Il doit être comparé au Total Zone Euro : 2.300 MD$. Malgré ce constat d’échec flagrant, la BCE ose encore affirmer qu’elle nous protège admirablement, au point de faire des envieux chez nos voisins nordiques non – euro (Suède, Norvège, Danemark).

Total des encours de prêts « subprime » à fin 2006 et fin 2007 : 600 MD$. Cette crise, que tout le monde impute aux prêts « subprime » et aux « largesses des banques américaines » en faveur des « nouveaux propriétaires pauvres », trouve une autre explication : c’est la faillite du néolibéralisme à laquelle nous assistons.

Et donc, à tous ceux qui nous annoncent chaque jour la sortie du tunnel, nous pouvons donner deux chiffres supplémentaires (fin 2007) : le PIB mondial représentait un peu plus de 50.000MD$ (dont 12.500MD$ pour la Zone Euro), et l’ensemble des liquidités gérées par la Haute Finance mondiale portait sur plus de 300.000MD$ (dont 100.000 MD$ pour la seule Zone Euro).

Question N°1 : Qui peut encore croire dans ce système, à part les Chinois (qui se croient à l’abri) ?

Question N°2 : Qui peut encore croire en la bonne gestion de l’euro ? Un livre à lire pour ceux qui veulent vraiment changer le système (disponible depuis février 2008 chez ALTER-EUROPA): « La gestion (désastreuse) de l’euro ».

Question N° 3 : A combien se montent les garanties promises aux clients et aux fournisseurs des banques par les gouvernements de l’Union Européenne, en cas de faillite du système ? Plus de 20.000MD€… Aucune banque centrale, aucun pays, aucune fédération supranationale ne peut sauver un système aussi malsain.

 

C. Tout obtenu & tout perdu !

Pour mémoire, il y a cinquante ans, la Haute Finance contrôlait moins de 10% des liquidités nationales dans la plupart de nos pays. Certes, la plupart des banques actuelles existaient depuis les années 1870, mais les groupes d’assurance actuels n’existaient pas encore.

En cinquante ans, tous ces groupes financiers européens ont voulu tout posséder, tout contrôler, et ils ont obtenu toutes les complaisances fiscales, juridiques et judiciaires pour se classer parmi les TOP-100 de la Haute Finance Mondiale (les cent premiers groupes financiers les plus puissants de la planète).

Cinquante ans plus tard, à fin 2007, leur tableau de chasse était tout simplement « remarquable » :

=> Les banques commerciales de la Zone Euro contrôlaient 92,8% des liquidités courantes (masse M3) à fin 2007.

Or, il faut savoir que ces liquidités courantes ont doublé tous les dix ans malgré le succès des paiements informatiques et électroniques (qui en réduisent de facto l’utilité).

Conséquence ? Les liquidités sont devenues aussi abondantes que le Produit Intérieur Brut à fin 2007 [1] et elles le dépasseront à fin 2008.

=> Malgré ces liquidités démesurées, les Etats n’ont jamais été aussi endettés. Seules exceptions : les paradis fiscaux et les grands bénéficiaires de l’Union Européenne (Irlande, Espagne, Slovénie) qui commencent à cracher du sang malgré tous leurs acquis.

=>A cause précisément de la surabondance de ces liquidités, les peuples ont perdu tous leurs droits essentiels : emplois, revenus, droit à un toit, nourriture industrielle trafiquée, éducation, soins, retraite, justice (perte de droits) et Justice irresponsable (une institution au service des puissants), environnement...

=>En plus de cette masse de liquidités contrôlées par les banques commerciales, les assureurs sont eux-mêmes devenus les plus gros détenteurs de « comptes à vie » (les assurances-vie) et de « contrats à vie » (maisons, voitures & véhicules de toute nature, recours et défense en Justice).

Pour y parvenir, ils nous ont imposé leurs « assurances » pour tout, pour tout le monde, du berceau à la tombe, avec la complicité de la Justice qui n’a cessé de faire grimper le prix des procédures et des dédommagements.

Non contents d’avoir des « clients à vie », ils nous ont encore spoliés en ne payant jamais d’impôts et de taxes sur les « réserves techniques d’assurance ». Or, pour information, ces « réserves techniques » représentaient à elles seules 5.250 milliards d’euros à fin 2007, l’équivalent de 60,7% de M3.

Avec cet argent, ils ont pris des participations substantielles dans les entreprises et dans les banques pour imposer leurs dirigeants et leurs pratiques permanentes d’ENRICHISSEMENT SANS CAUSE en minimisant sans cesse les revenus du travail.

=> En zone euro, ils ont même obtenu la création de la Banque Centrale Européenne « indépendante », indépendante des peuples et de leurs gouvernements. En contrepartie, « leur » président, Jean-Claude TRICHET, n’a cessé de nous placarder le caractère sacré de sa mission : maîtrise de l’inflation, solidité du système bancaire, et amélioration de la circulation de la monnaie « grâce au système TARGET ». En plus, ce « grand argentier » n’a cessé d’augmenter ou de maintenir les taux directeurs à des niveaux trop élevés pour racketter l’Economie Réelle, sans supporter la moindre critique et sans laisser aux peuples la moindre possibilité de corriger les dérives les plus insoutenables.

EN CONCLUSION, LA HAUTE FINANCE NOUS A TOUT PRIS, MEME NOTRE DIGNITE.

Elle a interdit à nos gouvernants de créer des déficits budgétaires supérieurs à 3% pour pouvoir nous faire payer des frais financiers sur la dette… à hauteur de 3% (en moyenne européenne). Et, bien sûr, elle leur a interdit d’augmenter la dette publique, pour la même raison…

Elle leur interdit d’harmoniser les impôts, les taxes et les droits sociaux au sein de la zone euro et de toute l’Union Européenne! Donc, pas question d’abolir les paradis fiscaux, les paradis sociaux et (depuis peu) les paradis judiciaires…

Et maintenant, c’est la Haute Finance qui obtient le droit de puiser dans les caisses de nos Etats pour éviter les dépôts de bilan en cascade et pour obtenir des garanties démesurées.

MIEUX, CETTE HAUTE FINANCE – QUI NOUS A IMPOSE TOUT CES INTERDITS – FAIT EXPLOSER NOS DEFICITS PUBLICS ET NOTRE ENDETTEMENT PUBLIC.

En France, le gouvernement prête 10 MD€ à long terme aux plus grandes banques commerciales, sans limitation de durée, sans prendre aucune participation dans leur capital, et donc sans mettre un terme définitif à leurs pratiques immorales…

Mais, selon l’impayable Madame LAGARDE (ses bourdes coûteraient trop cher s’il fallait les payer), « ces participations n’auront aucune incidence sur le budget de l’Etat… puisque les prêts sont des prêts obligataires subordonnés ». En clair, l’Etat s’endette de 10 MD€… pour prêter 10 MD€ aux banquiers les plus puissants… qui prêteront 10 MD€ à l’Etat. La Haute Finance va donc encaisser des produits financiers (coupons bons du Trésor) pour les prêts qu’elle accorde à l’Etat… Et l’Etat Français - qui lui prête à vie dix milliards d’euros - va encaisser d’improbables produits financiers pour ses prêts à la Haute Finance…

Bravo aux banquiers et aux assureurs ! Par contre, vous pouvez noter une chose importante : ces gens – qui nous gouvernent – ne feraient pas de telles opérations pour leur propre compte mais, quand ils gèrent « nos » Etats, ils se conduisent comme des « irresponsables ». Comme des « irresponsables » ou comme des corrompus ? La question mérite d’être posée !

 

D. Conclusion.

Le système néolibéral est mort !

Les banquiers ont déjà perdu la confiance de leurs gros clients qui se réfugient vers l’or en nombre croissant.

Les assureurs vont maintenant nous annoncer leurs bonnes nouvelles : il n’y aura plus d’argent pour les retraites complémentaires. C’est déjà le cas aux Etats-Unis.

Dans la foulée, nos Etats vont bien sûr nous annoncer que « les caisses sont vides » pour les « retraites par répartition ». Monsieur François FILLON, premier ministre de la France, fera des émules avec sa formule : « Je suis à la tête d’un Etat en faillite ». La « crise des prêts subprime » n’a pas arrangé la situation, c’est sûr !

Merci de réagir, et surtout de faire réagir le plus grand nombre d’entre nous,

ALTER-EUROPA

Pour une Autre Europe…

Et (bien sûr) pour un Autre Euro…

JUNON MONETA



1. La masse monétaire M3 à fin 2007 était de 8.649,6 MD€ ; le PIB à fin 2007 était de 8.923,5 MD€. A fin août 2008, la masse M3 était à près de 9.150 MD€, et elle dépassera largement le montant du PIB 2008.

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