Déconstruisons nos masculinités !

Manifeste pour une déconstruction radicale de nos masculinités ! Nous décrétons le 5 avril “Journée internationale des déconstructions des masculinités” afin d'ouvrir de nouveaux espaces de communication autour des déconstructions masculines.

Nota-Bene : Nous parlons dans cette tribune de femmes et d’hommes, mais bien entendu, pour des raisons de facilités rédactionnelles et de fluidité de lecture, nous incluons dans ce terme toute personne menstruée et /ou tout simplement toute personne qui se sent femme, et inversement toute personne dotée de pénis et de testicules et/ou tout simplement toute personne qui se sent homme.


Le 5 mars, nous publions sur ce même blog de Mediapart une tribune [1] pour inciter les hommes à se contracepter. 
Les réactions de ces derniers ont été pour le moins révélatrices du statut quo dans lequel nous nous trouvons et qui est à la source de cette nouvelle tribune. Un mois plus tard, nous publions ce manifeste pour décréter le 5 avril “Journée internationale des déconstructions des masculinités” afin d'ouvrir de nouveaux espaces de communication autour des déconstructions masculines. 

Nos luttes pour un monde meilleur sont sclérosées par la peur de mal faire, mal dire. 

Mais faire des erreurs est une des plus belles chances qu’il nous ait été donné pour évoluer, ajuster, transformer. 

Comme souvent, l’idée d’agir est acceptable alors qu’être dans l’action concrète paralyse. En serait-il autrement si la question ne reposait pas sur un protagoniste majeur de l’hégémonie patriarcale à savoir,  les bijoux de famille ? L’erreur ne reposerait-elle pas sur la croyance que la mise en action des pratiques contraceptives dites masculines serait facilitée si l’idée de l’infertilité temporaire des garçons était acceptable ? 

Toute proportion gardée, l’erreur en elle-même est une source d’apprentissage qui n’a pas à être catégorisée en bien ou en mal. Deux sources entraînent des paradigmes délétères liés à l’erreur : l’inconscience de l’erreur et sa fatale reproduction. 

Forts de cette observation et de nos travaux respectifs, nous avons convenu qu’il était plus que temps de parler de déconstructions des masculinités à grande échelle. 

En ce sens, la mise en action concrète de la déconstruction des masculinités doit passer par le porte voix dont nous nous saisissons aujourd’hui.

La plupart des féministes le disent à longueur de journée aux hommes cis-genres :

éduquez-vous, éduquez vos amis et tous les hommes de votre entourage !

Car nous ne le dirons donc jamais assez : être dans une posture alliée féministe n’est pas un totem d’immunité face à nos comportements toxiques. 

En ce sens, rester bien sagement dans nos trônes d’alliés féministes n’est-il pas un confort dont nous devons nous extraire ? 

Croire que la mimique alliée féministe, que nous arborons souvent fièrement pour nous dédouaner de toute remontrance est suffisante serait une esbrouffe, une falsification des réalités sociétales. 

Comprendre qu’à chaque instant, nos propres constructions nous guettent pour mieux nous ramener dans nos erreurs du passé. Ce lent travail de déconstruction demande de la visibilité et de la mémoire pour qu’individuellement et collectivement, nous ne retombions pas dans les mêmes travers historiques.

Du reste, tous les hommes devraient avoir à cœur de se déconstruire, y compris pour eux-mêmes et ainsi accéder à une certaine paix intérieure, pour sortir (enfin) du culte de la performance qui a une incidence désastreuse sur la santé mentale des hommes.

Les masculinités et la virilité toxique ont un coût social, sanitaire et économique. 

D’après les estimations de l’historienne Lucile Peytavin, “en France, d’après les estimations présentées dans cet essai [2], la fin du “système viriliste” permettrait à l’État d’économiser 95,2 milliards d’euros chaque année. Au-delà de l’aspect purement financier, des centaines de milliers de vies seraient sauvées, des souffrances psychologiques et physiques évitées.” En conséquence, la société dans son ensemble est concernée.

Combien d’années encore de siècles de luttes sociales et féministes pour que les hommes comprennent que nous avons touxtes à gagner à nous déconstruire ?

La journée du 5 avril est cette invitation à s’interroger sur l’inconscience dont nous faisons preuve à perpétuer le règne du patriarcat en étant nous-même ses propres agents dociles et violents de propagation de ce fléaux. Cette journée est dédiée à la déconstruction de l’un de ses moteurs principaux, à savoir l’approche binaire, catégorisant tout, séparant tout, le genre en est l’un de ses princes.

Les êtres humains ont besoin de symboles pour se mettre en mouvement et actionner leur pouvoir d’agir.

Imaginons que chacun tienne un carnet d’auto-observation de ses constructions des masculinités ne serait-ce qu’une journée…que se passerait-il à sa lecture le lendemain ? 

Imaginons que pendant une conversation nous prenions le temps d’écouter réellement ce qu’exprime l’autre sans y adjoindre ses propres projections ;

Imaginons que pendant une heure, toutes nos phrases commencent par “je” et non plus “tu”;

Imaginons que pendant une minute, nous nous regardions dans un miroir, pour y laisser poindre au delà de notre vision égotique, notre nous d’humain;

Imaginons et rêvons d’autres postures et manières d’être à l’autre, à soi, le temps d’une journée, le temps d’un pas de côté, de celui de nos habitudes empreintes de nos conditionnements patriarches.

Nous avons, nous aussi, notre part à jouer, un rôle prédominant à assumer pour accélérer le processus de révolutions sociales que nous connaissons actuellement !

Si la condition masculine était réellement une question de force, de courage, de muscles, comment est-il possible qu’Eric Zemmour, ou *n’importe quel personnage masculin à gros muscles risible qui ne réfléchit que par son sexe ou ses muscles* en soit le porte étendard, adoubé par de nombreux hommes en proie à une prétendue crise de la masculinité ? Est-ce qu’il n'existe pas d’autres réalités, d’autres interprétations, d’autres possibles ? 

Nous ne pouvons convenablement pas laisser les masculinistes ainsi que leurs mouvements conservateurs et toxiques, fouler seuls le champ médiatique et politique en portant une soit disant parole masculine hégémonique ! Que font les autres hommes ?  

D’autant plus que, contrairement à leur démarche, déconstruire nos masculinités contribue à bâtir une société radicalement inclusive et sans oppression. 

Opérer ce changement de modèle social passera, qu’on le veuille ou non, par un engagement fort de la part des hommes à se défaire de leurs positions dominantes et oppressives, d’une manière ou d’une autre. 

Alors créons des blogs, des ateliers, des cercles de paroles, des podcasts et tout autre contenu / projet visant à alimenter nos réflexions, permettant ainsi la mise en pratique de nouvelles projections sur le genre masculin, de nouvelles définitions à acter dans le présent.

Abandonnons nos privilèges fondés sur des violences au bénéfice de relations équitables et égalitaires, voire libertaires. 

Délaissons le pouvoir et la domination sexuelle au profit du plaisir partagé. 

Partageons la charge mentale pour se responsabiliser et gagner en autonomie.

Forts de ce plaidoyer et de cet engagement, nous décrétons le 5 avril “Journée internationale des déconstructions des masculinités”. 

Qui nous aime (ou pas), nous suive ! 

Maxime Labrit & Juste Quentin

Sources

[1] Tribune “Les hommes peuvent se contracepter !”

https://blogs.mediapart.fr/juste-quentin/blog/050321/les-hommes-peuvent-se-contracepter 

[2] Essai de Lucile Peytavin, “Le coût de la virilité, ce que la France économiserait si les hommes se comportaient comme les femmes.” Éditions Anne Carrière - 2021

Pour aller plus loin

  • Les couilles sur la table, par Victoire Tuaillon (le podcast et le livre)  https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table 
  • Le boys club, Martine Delvaux aux Éditions Remue-Ménage (2019)
  • Masculinités : enjeux sociaux de l’hégémonie, Raewyn Connell aux Éditions Amsterdam(2014)
  • Des hommes justes, Ivan Jablonka aux Éditions du Seuil (2019)
  • Désirer comme un homme, Florian Vörös aux Éditions La Découverte (2020)

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