François Dubet et la réforme du bac (1)

Cette tribune est la première partie d’une série de 3 articles consacrés aux relations entre les analyses sociologiques sur l’école de François Dubet et les réformes éducatives de l’actuel gouvernement. Cette tribune introductive est une réponse à l'article de François Dubet paru dans AOC intitulé "la réforme libérale du conservateur Blanquer". https://aoc.media/analyse/2018/02/19/bac-reforme-libe

François Dubet et la réforme du bac.

François Dubet : un sociologue très médiatique

            Dans un certain nombre d’articles récents, le sociologue de l’éducation François Dubet (FD), apporte un soutien (légèrement critique) à la réforme du bac et au dispositif Parcoursup mis en place par le ministre de l’éducation (MEN) Jean Michel Blanquer (JMB). En effet même s’il déclare par ailleurs ne pas être un « supporter de JMB en raison de ses déclarations conservatrices » il estime malgré tout que « c’est une bonne réforme qui a largement la moyenne »[1]. Dans ses articles, FD dresse un portrait plutôt flatteur du MEN, qu’il décrit comme un homme compétent porteur d’un véritable projet pour l’école, il souligne son habileté politique et sa capacité à dépasser les clivages entre conservateurs et réformistes dans le domaine de l’éducation. FD insiste aussi sur l’importance de l’actuelle réforme du bac, « véritable exploit politique », c’est une réforme radicale qui va bouleverser l’organisation du lycée, et qui, pour un fois, risque d’être menée à son terme notamment en raison de la faiblesse de la gauche et des syndicats enseignants.

           François Dubet est un sociologue important et influent. Très présent dans les médias, il a consacré de nombreux ouvrages à l’école et à la question des inégalités scolaires. Il est plutôt classé à gauche en raison de sa critique des inégalités scolaires et sociales, mais c’est est aussi un sociologue « qui dérange » car l’essentiel de son œuvre peut être lue comme une critique interne du discours traditionnel de la gauche sur l’éducation. Il n’hésite pas dans ses interviews à accuser les syndicats enseignants de corporatisme et les professeurs du secondaire d’immobilisme. Il rejette de même les revendications des organisations syndicales qui réclament toujours « plus de moyens » pour l’éducation.,Il critique aussi le discours méritocratique sur l’égalité des chances qui sous-tend les politiques éducatives de démocratisation scolaire et montre que si l’on veut vraiment s’attaquer aux inégalités scolaires, favoriser « l’égalité des places » serait sans doute plus efficace que d’encourager la massification scolaire[2].

            Le soutien de FD aux réformes éducatives de l’actuel MEN peut sembler paradoxal. Comment se fait-il qu’un sociologue, classé plutôt à gauche, approuve des réformes d’inspiration très (néo)libérale et qui instaure la sélection à l’entrée de l’université ? Comment se fait-il qu’un sociologue qui dénonce par ailleurs « le penchant pour l’inégalité des sociétés contemporaines » approuve un projet éducatif qui risque de remettre en cause le processus de démocratisation de l’enseignement supérieur ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous nous proposons de revenir sur un article de FD  paru dans la revue AOC[3].

 Le sociologue et la réforme du bac

            Dans cet article, FD commence par dresser un constat alarmiste sur la situation de l’enseignement secondaire en France et, pour se faire, cède à la tentation de la métaphore catastrophiste visiblement incontournable lorsqu’un sociologue ou un journaliste parle de l’école en France.  Selon FD « le lycée français est à bout de souffle, plus personne ne peut sérieusement défendre un système devenu le champion des inégalités en Europe.  La réforme de JMB s’impose sur un champ de ruine et réussit le tout de force d’apparaître à la fois conservatrice et libérale. Elle profite aussi de la faiblesse d’une gauche qui peine à proposer un projet scolaire alternatif ». Il nous semble qu’une réforme à la fois libérale et conservatrice n’a rien d’un tour de force, il s’agit simplement d’une réforme ...de droite.

            Pour FD le lycée français est donc le champion des inégalités en Europe, mais FD oublie de préciser sur quelles statistiques repose ce constat. Si les évaluations PISA montrent en effet que les résultats des écoliers français sont, plus qu’ailleurs, corrélés à leur origine sociale, ces évaluations portent sur des élèves de 15 ans, elles ne portent donc pas sur la situation des lycéens et des étudiants en Europe. L’enseignement secondaire en France, « champion des inégalités », vient par ailleurs d’atteindre l’objectif que lui avait fixé J.P. Chevènement, il y a une trentaine d’année. Il permet en effet actuellement à 80% d’une classe d’âge d’obtenir le bac. Même si tous les lycéens n’obtiennent pas un bac général, l’obtention d’un bac technologique ou professionnel permet, du moins jusqu’à cette année, d’avoir accès à l’université. Mais c’est justement le fait qu’il soit bien moins inégal que par le passé qui semble poser problème puisque, selon FD : « il a suffi que le nombre de lycéens augmente pour mettre à mal le système ». C’est donc visiblement non pas l’inefficacité mais à l’inverse le succès du lycée en France qui rend sa réforme indispensable.

            FD nous rappelle ensuite que « le bac n’est pas seulement un monument national un examen lourd et dispendieux et chronophage et qu’il conviendrait d’alléger » mais que cet examen sanctionne la fin des études secondaires et qu’il offre un droit d’accès à l’enseignement supérieur. La réforme du bac est donc une réforme importante puisqu’elle va bouleverser l’organisation de l’enseignement secondaire. Mais FD oublie de rappeler que c’est justement ce droit d’accès à l’enseignement supérieur que le dispositif Parcoursup remet en question, puisqu’avec ce dispositif les lycéens ne sont plus du tout sûr de pouvoir s’inscrire dans la filière universitaire de leur choix. Dans son article, FD n’évoque que de façon très marginale la question de la sélection à l’université, qui est pourtant la raison principale de la réforme du bac.  Rappelons que FD a jugé dans un article du Monde de juillet 2017 que cette sélection est devenue nécessaire et que le slogan « à bas la sélection » s’apparente à un réflexe[4].

            Selon FD l’enseignement secondaire doit en effet faire face à un paradoxe qu’il n’a cessé de mettre en avant dans ses différents ouvrages : « Quand l’école se massifie, les catégories sociales les moins favorisées accèdent au lycée et à l’université, mais pas aux mêmes filières et aux mêmes formations que les enfants des classes moyennes et supérieures. Les inégalités sociales entrent dans le fonctionnement même de l’école et il devient difficile de concevoir notre examen national comme le garant de l’égalité des chances, et plus encore de l’égale utilité sociale du diplôme». L’augmentation des effectifs de l’enseignement secondaire, ce que certains désignent de façon péjorative par le terme de « massification scolaire», n’a pas permis de réduire les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur, puisque si le nombre de bacheliers et d’étudiants a augmenté de façon considérable ces dernières années, l’accès aux formations les plus prestigieuses reste toujours socialement discriminant. La moitié des élèves d’origine populaire se retrouvent concentrer soit dans les filières courtes, soit dans les premiers cycles des universités dans lesquels leurs chances de réussite sont faibles. (voir l'article de Stephane Beaud http://www.laviedesidees.fr/La-reforme-Macron-de-l-universite.html)

            Mais reconnaître que la démocratisation de l’enseignement est incomplète et qu’elle n’a pas totalement satisfait tous les espoirs mis en elle, ne peut s’apparenter à un constat d’échec. Comme nous l’avons montré par ailleurs, on ne peut pas considérer qu’une société dans laquelle « les pauvres » font des études même si ce ne sont pas tout à fait les mêmes que les « riches » est aussi inégalitaire qu’une société dans laquelle « les riches » font des études et « les pauvres » n’en font pas[5]. Or à aucun moment FD ne semble considérer le fait que les enfants des classes populaires aient plus souvent que par le passé accès à l’université, comme un progrès.

 Une réforme libérale ...mais conforme aux valeurs de la gauche

            Parce qu’elle oblige les élèves à choisir trois spécialités en première, puis à n’en garder que deux en terminale, la réforme du bac, met, selon FD, non seulement fin à la fameuse « hiérarchie des séries »[6], mais favorise aussi l’autonomie des élèves et élargit leur possibilité de choix. La réforme du bac va permettre une plus forte individualisation du bac tout en gardant les avantages liés à la reconnaissance d’un examen collectif. FD estime que cette réforme est donc d’inspiration libérale, ce qui n’est selon lui pas « un gros mot ». Il y voit aussi « des traces du « nouvel esprit du capitalisme » (autonomie, responsabilité, individualisation) », ce qui n’a rien de critiquable puisque l’ancien esprit du capitalisme reposait sur des valeurs comme la discipline, l’obéissance ou l’ascétisme[7]. On comprend mieux pourquoi cette réforme est un « exploit politique» puisqu’elle est à la fois libérale, conservatrice, néo-capitaliste et « conforme aux valeurs du libéralisme culturel et démocratique qu’a toujours défendu la gauche ».

            En estimant que cette réforme du bac est conforme aux valeurs du néo-capitalisme, FD fait allusion aux analyses de Luc Boltanski, selon lequel l’idéologie managériale qui a révolutionné « l’esprit du capitalisme » dans les années 1980/90, s’inspire de la critique de la division du travail très présente dans les années 60 (ce que Boltanski appelle la « critique artiste », portée notamment par la deuxième gauche)[8]. Mais Luc Boltanski montre que l’instrumentalisation de la critique artiste par « le nouvel esprit du capitalisme » n’est en rien un vecteur d’émancipation et d’autonomie puisqu’elle se traduit par de nouvelles formes d’assujettissement. FD montre toutefois ici que les réformes actuelles sont bien conformes au projet néo-libéral comme nous l’avons montré dans une précédente tribune[9].

 Le Contrôle continu en cours de formation (CCF) et la transformation du métier d’enseignant

            FD se réjouit aussi de l’introduction du CCF[10] dans l'évaluation des bacheliers car cela « changera profondément le travail des enseignants. Il ne suffira pas de faire « bachoter » les élèves et de leur demander des dissertations, bien que ce ne soit pas inutile. Il faudra accompagner leurs choix, proposer des épreuves de contrôle continu étalonnées sur des critères nationaux, préparer à l’oral, suivre travaux individuels et collectifs des élèves ». La réforme du bac prévoit en effet que les élèves soient évalués dans les disciplines du tronc commun lors d’épreuves communes en fin de semestre (soit 4 épreuves sur 2 ans dans 5 ou 6 matières), en français à l’écrit et à l’oral en fin de première, puis à l’écrit dans leurs deux spécialités au cours du deuxième semestre de terminale (pour que les résultats de ces épreuves soient intégrés dans Parcoursup)  et enfin à la fin de l’année de terminale, en philo à l’écrit et lors d’un oral de « maturité».  Pour avoir le bac, les lycéens devront donc passer une trentaine d’épreuves contre une douzaine actuellement ce qui ne peut qu’engendrer plus de « bachotage », puisque les élèves passeront leur temps à préparer ces épreuves comme le reconnait le SGEN, syndicat qui était au départ plutôt favorable à la réforme du bac mais qui se montre de plus en plus critique devant les conséquences de celle-ci[11].

             L’introduction d’épreuves communes régulières comptant pour le bac va aussi fortement homogénéiser les pratiques pédagogiques des enseignants et porter atteinte à leur liberté pédagogique. « Boucler le programme » deviendra, même en première et dans toutes les matières, l’obsession n°1 des enseignants. Cet objectif se fera au détriment d’autres types d’activité comme monter un « projet » pédagogique, organiser une sortie, aller voir un film au cinéma avec une classe. Ces activités alternatives, mais parfois très utiles pédagogiquement, seront toujours suspectes aux yeux mêmes des élèves de mordre sur le temps de préparation des fameuses épreuves communes de fin de semestre.

            De plus, il est loin d’être évident que le CCF soit plus efficace ou plus juste que le contrôle par épreuve terminale car le CCF n’avantage pas toujours les élèves faibles puisqu’il minore leurs progrès. Si un élève a successivement à la fin de chaque trimestres 8, 10 et 12, il aura 10 de moyenne avec le CCF alors que son véritable niveau final, le plus prédictif, correspond à sa dernière note de 12. Le CCF risque enfin, comme le souligne FD, de désavantager les élèves issus des lycées populaires, car les enseignants y sont souvent accusés de surévaluer leurs élèves pour les encourager. Le bac sera donc de plus en plus un diplôme local et sa valeur dépendra de la ville ou de l’établissement dans lesquels l’élève l’aura obtenu.

 Une réforme libérale qui risque d’accroitre les inégalités

            FD reconnaît que cette réforme est loin d’être parfaite et que certaines inquiétudes peuvent être justifiées. Il estime en effet que « Les enseignants ne sont pas forcément conservateurs quand ils s’inquiètent des transformations de leur métier, de leurs conditions de travail et de leur formation initiale et continue »[12]. Il y a en effet de fortes chances pour que l’individualisation de l’examen substitue la hiérarchie des bacs à celle des séries. Marie Duru-Bellat avec laquelle FD a écrit de nombreux ouvrages montre que dans le domaine éducatif plus on laisse de liberté aux élèves et aux familles, notamment dans le choix des filières et des options, plus on prend le risque d’accroitre les inégalités puisque les familles favorisées savent mieux que les autres guider et encadrer les choix d’orientation de leurs enfants[13]. En différenciant et spécialisant autant les formations, la réforme va renforcer la hiérarchie des parcours individuels puisqu’elle démultiplie les possibilités de choix à l’intérieur des anciennes séries, ce qui risque de provoquer la création de classes de niveau, si les élèves sont regroupés en fonction de leur spécialité. Or les classes de niveau défavorisent les élèves les plus faibles, et c’est à l’inverse les classes les plus scolairement mixtes qui les font progresser. Il y a, de plus, de fortes chances pour que tous les lycées ne puissent pas proposer toutes les spécialités, ce qui va créer de fortes inégalités d’offre entre les gros établissements et ceux de plus petite taille.    « La question essentielle est de savoir si la réforme n’échange pas plus de liberté contre plus d’inégalités. En effet, les inégalités entre les filières peuvent être remplacées par des inégalités entre les individus dont les choix seront de plus en plus singuliers (...) Le problème n’est pas nouveau : il s’agit de savoir si la « libération » des individus accroît les inégalités et les incertitudes en individualisant les situations et les parcours, ou s’il est possible de combiner l’autonomie et l’égalité ». L’individualisation de la formation peut aussi être un facteur d’inégalité et de mésestime de soi car « chacun étant responsable de ses actes, il est donc responsable de ses succès comme de ses échecs ». FD montre que cette réforme « indispensable » risque donc d’aggraver les inégalités dans un système qu’il estime déjà être très inégal.

            Nous nous permettons de rajouter qu’avec l’abolition des séries, les lycéens vont perdre en culture générale et ne gagneront que très peu dans les disciplines dites « de spécialité » puisque celles-ci seront amputées de près du tiers de leur dotation horaire initiale si les élèves, comme c’est prévu, passent ces épreuves au milieu du second semestre de terminale afin que leurs résultats soient pris en compte par les universités. Enfin la spécialisation précoce des élèves dès la première va surtout aussi limiter leurs possibilités de choix dans l’enseignement supérieur et leur fermer de nombreuses portes. Sous prétexte d’individualiser davantage la formation et de mieux préparer les élèves à l’orientation post-bac, on demande donc à des élèves d’à peine 15 ans de se sur-spécialiser dès la première, ce qui ne peut que conditionner et rigidifier leur future orientation[14].

La question des moyens

             Même si la réforme du bac semble pour FD inévitable, il pointe toutefois des questions auxquelles le projet du MEN ne répond pas suffisamment. Il souligne que rien ne semble fait pour s’attaquer à l’inégalité de l’offre scolaire[15] et rappelle qu’« une orientation plus efficace des étudiants suppose que tous aient une place et une place utile dans l’enseignement supérieur. Faut-il réformer le bac si les « moins bons » des lycéens n’ont toujours pas d’autre choix que d’aller là où il y a de la place, soit pour y échouer, soit pour connaître une période d’insertion longue et aléatoire quand leur formation est trop éloignée du marché du travail ? Peut-être faut-il cesser de toujours raisonner en termes d’égalité des chances d’accéder aux élites et plutôt être en mesure de proposer une formation utile à chaque élève, surtout aux « moins bons » d’entre eux. L’université devrait proposer ces formations, avoir plus de moyens pour le faire, et il n’est pas certain que parcours-sup y suffise ». Mais FD conclut pourtant son article en soulignant l’inanité du discours sur les moyens : « Le succès probable du projet de réforme du bac repose sur la faiblesse d’une opposition qui n’a aucun projet scolaire alternatif à proposer(...) alors que la question scolaire a été le terrain de la gauche, celui de ses idées et de ses forces, on ne l’entend plus guère sinon pour demander plus de moyens. Quelle défaite !  le macronisme a changé la donne et nous oblige à reconstruire nos manières de repenser le monde et la vie sociale . Il ne faut pas tarder si l’on ne veut pas que la gauche en soit réduite à défendre le « vieux » monde ou à se taire ! ». Les enseignants, les parents d’élève et les étudiants qui se mobilisent afin d’obtenir le remplacement des profs absents, des postes de CPE ou d’assistants d’éducation, qui luttent contre les classes surchargées ou qui demandent plus de moyens pour l’université, participent donc selon FD à la défaite de la gauche !

            FD se montre finalement favorable à une réforme qui risque d’aggraver les inégalités d’un lycée déjà inégalitaire, il estime que Parcoursup ne prévoit pas assez de moyens pour les universités, mais que « demander plus de moyens » est conservateur ;  il est favorable à  l’introduction du CCF censé mettre fin au bachotage, alors que c’est exactement l’inverse que redoutent les enseignants ; il estime enfin qu’il faudrait que les universités créent des filières pour les étudiants les plus faibles, ce qui contribue à la ségrégation de ces étudiants, ségrégation que par ailleurs il dénonce. Devant tant d’analyses contradictoires de la part d’un sociologue censé être « de gauche », faut-il vraiment s’étonner de la faiblesse du discours de celle-ci sur l’école ?

            La rhétorique de FD est surtout une excellente illustration de ce que Christian Laval appelle le discours modernisateur néo-libéral sur l’école :  « Le paradigme modernisateur ne s’est imposé qu’en faisant croire que la lutte essentielle se jouait toujours sur la même scène, celle qui opposait depuis toujours les partisans de l’innovation et les tenants de la conservation, les progressistes et les conservateurs, l’opération visant à discréditer et à culpabiliser toutes les oppositions au néolibéralisme scolaire, en faisant comme si ce dernier n’était qu’un fantasme et comme si ceux qui le combattaient étaient des réactionnaires plus ou moins masqués »[16]. C’est donc contre ce paradigme modernisateur, déjà dénoncé en 1976 par Pierre Bourdieu et Luc Boltanski dans la « production de l’idéologie dominante »[17], qu’il est nécessaire d’élaborer un véritable discours alternatif de gauche sur la démocratisation de l’enseignement. ( à suivre)

 

[1] Voir les interviews de FD dans Libération et dans Ouest France

[2] Voir les ouvrages de FD, L’école de chances, Les places et les chances, La préférence pour l’inégalité, Ce qui nous unit, parus dans la collection la  République des idées au Seuil.

[3] https://aoc.media/analyse/2018/02/19/bac-reforme-liberale-conservateur-blanquer/

( les citations de FD en italique sont issus de cet article)

[4] http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/07/20/francois-dubet-le-mot-d-ordre-a-bas-la-selection-s-apparente-a-un-reflexe_5162731_3232.html

[5] https://www.inegalites.fr/La-baisse-des-inegalites-a-l-ecole-n-empeche-pas-de-s-en-preoccuper?id_theme=17

[6] Qui semble devenu en quelques mois le problème n°1 du lycée. On parle en général de filière pour désigner les différentes type de bac (général, technologique, professionnel ) et de  séries (L, ES ou S) pour désigner les différents types de bac qui existent au sein de la  filière générale. Les termes de séries et de filières sont parfois confondus.

[7] Il ne vient visiblement pas à FD l’idée que l’école puisse véhiculer des valeurs différentes de celles de l’esprit (ancien ou nouveau) du capitalisme.

[8] Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, TEL Gallimard, 2011.

[9] https://www.questionsdeclasses.org/?Les-veritables-enjeux-des-reformes-educatives-de-Jean-Michel-Blanquer

[10] En réalité, les nouvelles modalités d’évaluation des épreuves de tronc commun sont assez complexes. Elles mixent le contrôle en cours de formation (CCF) , qui consiste à organiser des épreuves communes ponctuelles, avec du véritable contrôle continu puisque la note finale doit prendre en compte les bulletins scolaires annuels de l’élève.

[11] Communiqué de presse  n°24 du SGEN du 14/02/18

[12] On peut donc critiquer la réforme sans être forcément « conservateur ». Cette façon de présenter le débat sur l’école en dit long sur les présupposés de FD sur les enseignants et leurs syndicats.

[13] Marie Duru-Bellat, les inégalités sociales à l’école, PUF, Paris, 2002.

[14] https://humanite.fr/pourquoi-les-evolutions-du-baccalaureat-aggraveraient-elles-les-inegalites-649854

[15] Nous nous proposons de revenir sur cette question dans une future tribune

[16] Carnets Rouges, mai 2017. On peut aussi sur ces questions lire la Nouvelle école capitaliste de Christian Laval, La Découverte, 2012.

[17] Pierre Bourdieu et Luc Boltanski, la production de l’idéologie dominante, Raison d’Agir, Paris, 2008

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