Détention, rétention et assignation à résidence (extrait roman en cours d'écriture)

Karim n’eut même pas le bonheur d’apprécier sa première bouffée d’air d’homme libre. A peine sorti de la maison d’arrêt, une escorte de policiers le prit en charge pour l’accompagner menotté à la Préfecture de police de Paris. C’est là que devait se dérouler le rituel d’expulsion de l’Hexagone.

Une fonctionnaire persuadée d’incarner à elle seule toutes les valeurs multiséculaires de la France le toisa comme s’il venait de perdre son âme. Elle lui prit dédaigneusement ses empreintes pour vérifier que le métèque était le bon. Puis, après avoir rempli les documents appropriés, l’abandonna à l’escorte surarmée, avec un plissement d’yeux complice.

Direction : le centre de rétention administrative. Le Centre de rétention administrative ou CRA était à la maison d’arrêt ce que la diplomatie était à la guerre. Sauf que la seule chose que négociaient les simili-diplomates était l’horaire du prochain charter pour le point de chute du retenu.

Un jour d’isolement total valait bien une semaine de prison classique. Mais un jour en CRA valait bien un mois d’isolement total. Le CRA était en quelque sorte l’euphémisme du camp de concentration. L’issue n’était pas inévitablement aussi funeste. Mais l’un comme l’autre suintaient l’angoisse et le désespoir ; transpiraient l’indifférence et le sadisme.

Karim vit des sherpas d’anathèmes ingurgiter des lames de rasoir, des excommuniés se coudre les paupières et la bouche, des maudits de l’humanité se bousculer quémandant leur pitance, des déshérités de la miséricorde se mettre une corde au cou, des boucs-émissaires s’immoler par le feu.

Photomontage Prison de la Santé - Préfecture de Paris - CRA de Vincennes © Kamel Daoudi Photomontage Prison de la Santé - Préfecture de Paris - CRA de Vincennes © Kamel Daoudi

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